De
Jacques Gagniard,
Colonel
commandant
le 5 e Régiment
de Hussards,
en
l’An 1986
Président
de la F.N.C.V. en l'an 2003
A
Armand
Louis de Gontaut-Biron
Duc
de Lauzun, Colonel
Propriétaire
du 5 e Hussards,
En l’An de grâce
1780
Armand Louis, mon
cher ancien,
Dans le Walhalla où tu coules des jours paisibles depuis deux siècles, permets moi de t’apporter quelques nouvelles de la France et de l’Amérique, pays qui nous sont chers et auxquels nous avons, l’un et l’autre, beaucoup donné.
En ce qui concerne la France, il faut que tu saches que nous sommes au fond, restés les mêmes qu’en cette fin du dix-huitième siècle tourmenté où nous sommes venus donner un sérieux coup de main aux Insurgents afin qu’ils s’affranchissent de l’Anglois.
En l'an 1793, nous avons coupé le cou à ce bon roi Louis XVI dont le seul tort était d’avoir un peu trop la tête aux travaux de bricolage, et de ne point s’occuper assez des affaires du trône; il n’a donc point vu les nuages qui s’amoncelaient sur sa couronne et c’est pourquoi il a perdu l’une et l’autre. Que veux tu, cet homme là était fait pour être serrurier et non roi ; les Français ne pouvaient lui pardonner ce crime de lèse-peuple, d’autant que son épouse Marie-Antoinette, qui ne savait pas distinguer le pain de la brioche, ne faisait rien pour arranger les choses...
Pour faire bonne mesure, nous avons aussi raccourci en place publique quelques trois mille « ci-devant », dont le seul tort était de porter des noms à rallonge, tout comme toi mon cher Louis-Armand. Tu me diras que tout cela est injuste et même cruel, mais une révolution égalitariste se doit d’être logique avec elle-même et puis, tu admettras qu’il fallait bien amortir la machine inventée par ce brave docteur Guillotin.
En janvier 1795, quelques escadrons de nos braves hussards ont beaucoup fait parler d'eux: ces fous ont donné l'assaut à cheval, à des navires pris par les glaces dans le port du Helder, faisant prisonnière toute la flotte batave.
On s'en est beaucoup esbaudi dans les popotes militaires.
Nous avons remplacé Louis par un comité révolutionnaire, vite disparu lui aussi à grands coups de couperet, puis par un général qui devenu empereur s’est vu aussitôt contraint de faire la guerre à toute l’Europe, encore qu'il n' y ait point eu besoin de le trop forcer à cela...Tu aurais été fier de notre 5e Hussards qui, à Austerlitz, lança dix charges consécutives, et de tous ses autres faits d'armes qui ont fait dire à l'empereur: "si les hussards se mettent à prendre les places fortes sabre au clair, je n'ai plus qu'à licencier le corps du génie et à faire fondre les canons de l'artillerie !"
Nous avons mis en place de nouveaux rois, un autre empereur, plus petit que le premier paraît-il, mais qui a eu au moins le mérite de moderniser Paris, aidé en cela par le baron Haussmann. Etant fort bel homme, Napoléon III a eu le plaisir et l' avantage de prendre pour maîtresse miss Howard, veuve richissime d’un officier britannique à qui il a emprunté cinq millions de francs-or sans jamais les lui rendre, ce qui n’était pas bien, il nous faut l’admettre et faire repentance. Mais quand même, scrongneugneu, quel gaillard, …
A présent, et depuis plus d’un siècle, nous sommes censés être gouvernés par des républiques qui visiblement ne servent à rien et ne prennent jamais aucune décision, mais qui sans doute à cause de cela, ont la vie plus dure que tout autre régime, car c’est désormais le peuple qui est responsable de tout, et notamment des erreurs que peuvent commettre, et ils ne s’en privent pas, les dirigeants successifs qu’il a démocratiquement élus…
Nous avons continué à guerroyer quelque temps contre l’Anglois dont nous sommes finalement devenus les meilleurs ennemis du monde depuis l’Entente Cordiale, traité signé en 1904 ; depuis lors, nous nous avons combattu côte à côte, de temps à autre, contre le Germain et entre nous, les crocs en jambe ne se font plus que discrètement ce qui est élégant ; dans ce domaine, il faut reconnaître que nous avons dans la « perfide Albion » un partenaire particulièrement compétent.
En septembre 1915, durant la grande guerre, notre 5e Hussards, toujours aussi téméraire, a lancé contre des batteries d'artillerie ennemies installées en Champagne, une charge fougueuse qui s'est achevée en franchissant des fils de fer barbelés (obstacles perfides qui n'existaient pas à ton époque) sectionnés la nuit précédente par des hussards à pied, au nez et à la barbe des Prussiens. Sur deux escadrons de hussards, il ne restait plus à l'arrivée qu'une poignée de survivants qui ont fait prisonniers 600 soldats teutons tétanisés devant cette magnifique et folle audace. Cela nous a été rapporté par un officier d'infanterie, le capitaine Schilizzi, subjugué par un tel exploit.
Finalement, le Germain lui-même s’est lassé de nous faire la guerre ; il faut dire que toutes celles qu’il a entreprises contre nous se sont très mal terminées pour lui grâce aux Anglais, ce qui est naturel car ils ne perdent jamais une occasion de se battre, mais aussi celle, décisive, des Américains qui nous ont largement remboursé le secours que tu leur as apporté aux côtés de Rochambeau et de la Fayette, alors que leur pays n'était encore, dans la famille des nations, qu’un bébé vagissant …
Il faut aussi que tu saches que depuis le 20e siècle, les hussards ne montent plus guère à cheval; on les met désormais dans des boîtes de fer qui roulent en pétaradant, produisant une fumée dont l'odeur hélas, fait regretter le crottin de nos destriers de jadis, au suave parfum .
Mais vaille que vaille, grâce à nos volontaires, et au sacrifice de beaucoup d’entre nous, la France a réussi à préserver une image forte et un certain rang dans le monde d’aujourd’hui.
Nous avons beaucoup construit, comme par exemple à Paris, un arc de triomphe à la gloire des armées françaises et une immense tour de fer haute comme cinq fois Notre- Dame, qu'on appelle la Tour Eiffel ; en Egypte, un immense canal qui relie la mer Méditerranée à la mer Rouge ; un autre en Amérique centrale entre l’océan Atlantique et l’océan Pacifique ; que sais-je encore, le musée Georges Pompidou et la Très Grande Bibliothèque, mais de ces deux derniers, honnêtement, il n’y a pas de quoi se vanter et je n’aurais même pas dû t’en parler ; oublie-les….
Nous avons toujours des idées de génie dans tous les domaines mais sans être capables de les exploiter nous-mêmes ; va savoir pourquoi, ce sont presque toujours les Américains qui les commercialisent et en tirent profit, avec la parfaite bonne conscience qui caractérise comme tu le sais, ce peuple foncièrement bon enfant.
Nous continuons à faire des enfants - nous sommes à présent plus de soixante millions – avec beaucoup de soin et en prenant tout notre temps, car en définitive, c’est la seule activité dont on ne se lasse jamais, même quand on a passé l’âge, et puis il faut bien avouer que les Françaises, Dieu merci, sont toujours aussi jolies et le montrent davantage que par le passé, encore que les choses sont hélas en train de changer, avec l’intégrisme qui rôde…
Mais si tu passais par Boston, New York ou Philadelphie, tu ne
reconnaîtrais plus ton Amérique : il n’y a presque plus d’Indiens, les villes sont devenues gigantesques à tel point – tu ne vas certainement pas me croire –que celle de New York, à l’embouchure du fleuve Hudson, compte à elle seule presque autant d’habitants que toute l’Amérique du dix-huitième siècle.
Les gens vivent dans des bâtisses tout en hauteur, plus hautes encore que notre pylône de métal parisien qui lui, au moins n’a guère d’autre vocation que d’offrir un très beau panorama sur Paris et d’être agréable à regarder, surtout durant la nuit, avec toutes ses lumières.
Les Etats-Unis d’Amérique se sont agrandis : profitant des besoins financiers de notre empereur Napoléon, ils nous ont racheté la Louisiane ; Bâton Rouge et la Nouvelle Orléans sont américaines, encore que l’on y cultive toujours la langue française avec un délicieux accent cajun, ce qui nous touche beaucoup.
Ils ont conquis le Texas, la Californie, le Nouveau Mexique et même l’Alaska.
Ils comptent plus de deux cent cinquante millions d’habitants et sont devenus la première puissance mondiale, aussi bien sur le plan économique que sur le plan militaire.
Nous autres Frenchies, après nous être réjouis de cette réussite du rêve américain, nous qui avions porté ce pays sur les fonds baptismaux, nous sommes à présent quelque peu inquiets car ils n’ont pas l’air de vouloir en rester là et leurs aigles regardent ailleurs…
Tant qu’il s’agissait de défendre leur sol, et les droits des opprimés, les armées américaines ont toujours porté haut la bannière étoilée et le monde leur en a été reconnaissant.
Mais lorsqu’on leur a demandé d’occuper durablement des pays comme le Vietnam, cela s’est fort mal terminé car il arrive toujours, dans une démocratie, un moment où l’opinion publique ne comprend plus et se lasse, contraignant l’armée à abandonner des positions chèrement acquises. Nous autres en savons quelque chose, avec nos anciennes colonies …
Nous ne sommes peut-être que des mangeurs de grenouilles, mais nous avons appris au cours de notre longue histoire, que la course effrénée à la puissance porte en elle le malheur.
La recherche d’efficacité et la soif de domination doivent être tempérées par la recherche du bonheur et de l’harmonie, non seulement pour soi, mais aussi avec les autres, et sans chercher à leur imposer son propre modèle. Il faut prendre le temps de vivre et pas seulement faire du business.
A quoi bon être modernes et puissants, si c’est pour en arriver à vivre dans des clapiers géants, être dépendants des machines et du pétrole pour produire une énergie polluante et puante, devenir sédentaires, tenter sans y parvenir de compenser notre inactivité physique dans des salles de musculation, ingurgiter de la nourriture que l’on trouve dans des boîtes et qui nous rend obèses et flasques, et perdre ainsi tout ce qui faisait le goût et le charme de la vie au dix huitième siècle, même si tout n’était pas rose à cette époque !
Et puis, sur le plan affectif, nous avons une belle image et aussi de la fierté de notre Amérique à nous, symbole de la liberté éclairant le monde.
Depuis que nous avons refusé de participer à ses côtés, à une guerre déclenchée pour un motif qui nous échappe encore, tant il nous paraît loin du casus belli minimum, contre les peuplades néo-babyloniennes qui vivent sur les rivages du golfe persique, il y a eu comme un froid entre nous.
On nous a reproché d’être des ingrats, on nous a accusé d’être des individus pusillanimes, de ne pas nous souvenir de tout ce que l’Amérique a fait pour nous et Dieu sait quoi encore que je ne voudrais pas répéter.
En ma qualité de vieux soldat, et au nom de la Fédération Nationale des Combattants Volontaires de France, je voudrais que ceux qui doutent ainsi du courage et de notre amitié sincère pour l’Amérique, sachent qu'ils commettent une profonde erreur. Nous avons une expérience incomparable des conflits du type de celui dans lequel les soldats américains se sont engagés en Irak et nous aurions pu accepter d’y participer, comme nous l’avions fait au cours du conflit précédent, si les conditions qui nous semblaient nécessaires avaient été réunies.
Notre appréciation a été différente ; en l’espèce, nous n’avons pas senti que l’Amérique fut directement menacée dans sa sécurité par ce peuple dont les forces étaient, d'après ce que nous en savions, très diminuées. Au contraire, nous avons perçu ce combat comme un piège aux relents de pétrole dont il n'apparaissait guère possible de sortir intact hors du cadre des Nations Unies.
Puissions-nous avoir eu tort, et espérons que le désengagement qui a commencé pourra se poursuivre et s'achever dans les meilleures conditions pour les USA et le peuple irakien…
Mon cher Armand-Louis, je sais que tu as des correspondants bien placés là-haut dans le ciel et que Ike, avec qui tu fais souvent un poker, a gardé quelques contacts à la Maison Blanche. Maintenant que Barrack Obama a remplacé George W. Bush, tu pourras sûrement en savoir un peu plus et nous tenir au courant.
Que l’on m’envoie les réponses par e-mail.
Et comme on dit maintenant : - Click here.
Amitiés. Jacques
~ Avertissement
~
NDLR : Ce texte, totalement fictif et surréaliste, est un pur produit de l'imagination de l'équipe d'animation du site. Il est bien évident que le président de la FNCV est tout-à-fait étranger à sa rédaction et nous espérons qu'il nous pardonnera de l'avoir placé sous sa plume, mais nous n'avons pas su résister au plaisir de le mettre ainsi à contribution, à son insu...