La guerre est une barbarie quand on attaque
un voisin paisible ;
c'est un devoir sacré
quand on défend la patrie.
Guy de Maupassant
Une patrie se compose des morts qui l'ont fondée aussi bien que des vivants
qui la continuent.
Joseph Ernest Renan .
Braves devant l'ennemi, lâches devant la guerre, c'est la devise des vrais généraux. La Guerre de Troie
n’aura pas lieu
Les
grandes batailles
Major battles
Alfred le Grand : La bataille d'Ethandun (mai 878)
Wyrd bid ful aroed Le destin est inexorable
Un cheval blanc est gravé dans la falaise de craie de Westbury, en bordure des plaines du Wiltshire. Ce bas-relief gravé en plein air mesure trente mètres de long et soixante de haut. Ce cheval n’est pas contemporain de la bataille d’Ethandun, mais date de 1770. Il a été gravé sur les restes de celui qui a été dessiné après la bataille en 878.
Les peuples danes, qui vivaient misérablement sur les côtes du Jutland ont dû partir à l’aventure, se chercher des terres plus généreuses que les landes sableuses et arides sur lesquelles ils subsistaient. Les Danes, les Sviars, les Norses et autres Frisons, locataires aussi mal lotis qu’eux qui vivaient plus bas, à l’embouchure du Waal étaient dénommés Vikings (1), ce qui évoquait précisément ce à quoi il fallait s’attendre d’eux, lorsqu’ils débarquaient.
Drakkar
Excellents marins, ils avaient mis au point une embarcation bordée à clins, d’une tenue de mer excellente à faible tirant d’eau, comportant douze ou vingt bancs de rameurs de chaque bord, d’un mât escamotable et d’une voile carrée en peau de phoque, des écoutes en lanières de peau de phoque également, barrée par un aviron de queue. Les têtes d’animaux monstrueux (2) finement découpées, et peintes de couleurs vives où le rouge dominait, n’étaient arborées à la proue pour terrifier la population, que lorsque les drakkars arrivaient sur une côte pour la dévaster.
Leur armement était simple, un bouclier rond avec une bosse centrale métallique, une hache à double tranchant, une épée à lame d’acier pouvant frapper d’estoc et de taille, un poignard droit à deux tranchants, une cote de maille ou de cuir, quelquefois une lance ou un épieu à fer triangulaire. Les plus riches ont un casque en fer, une cotte de maille, des brodequins à renforts d’acier et une épée courte à lame large surnuméraire, appelée späthe, qu’ils portent dans le dos (3). Et en tout cas sûrement pas ce fameux casque avec des cornes de bœuf de l’imagerie populaire, qui dans un combat d’infanterie aurait été extrêmement gênant.
Valhalla
Ils ont des dieux avec lesquels ils entretiennent des relations très cordiales et dépourvues d’obséquiosité. Odin (4) qui préside dans son Valhalla, en est le plus représentatif ; pour pouvoir participer à son banquet qui tient table ouverte à tous les guerriers morts, un viking doit mourir l’arme à la main. Ils ont également un enfer glacé, appelé Niflheim, où règne le Faucheur de Cadavres, un énorme serpent qui ronge l’arbre de vie (5) de chaque être humain. Une seule fête est célébrée quoiqu’il arrive : le festin de Yule (6). Il faut noter que les Danes ne livrent combat que lorsqu’ils ont une certitude raisonnable de gagner, car perdre une dizaine d’hommes est pour eux difficile à supporter. Les renforts n’arrivant qu’au compte-gouttes. Leur tactique de combat à terre est le mur de boucliers où la masse des hommes est déterminante ; plus il y a de rangs, plus la masse en mouvement est invincible. Au plus fort de l’invasion, les Danes ne seront guère plus de trois mille, mais à l’époque, la Grande-Bretagne n’était pas très peuplée, à l’exception de Lundene qui était déjà une grande ville.
Ils trouvent les terres d’Angleterre, riches et grasses, où ils pensent pouvoir se tailler un royaume sur les peuplades qui l’habitent. Les Angles ont eux même envahi ce territoire et absorbé les précédents locataires, les Celtes, à l’exclusion des peuples d’Irlande (Dalriada) et d’Ecosse (Pictie). Tous sont des Saxons.
Les Saxons sont menés par le roi Alfred (7) et son étendard représentant le Pendragon (7). Ce roi n’est pas un fanatique de la guerre, il y préfère la négociation, conseillé en cela par une horde de moines qui ne rêvent que d’évangéliser les Vikings (9). Il va établir inlassablement des traités de paix que les Danes ne respecteront que lorsqu’ils en auront envie. Ils considèrent Alfred comme un faible et un crétin dévôt, un pleurnichard sans courage. Avant Ethandun la situation est plutôt en faveur des Danes qui ont envahi plus de la moitié de l’Angleterre, en effet, ils occupent la Northumbrie, la Mercie, l’East-Anglie et Lundene (10). Seul le dernier royaume du Wessex tient tête mais pas pour longtemps. De nombreux Vikings font venir femmes et enfants et s’installent dans les propriétés dont les occupants ont été massacrés. Certains se marient avec des filles du cru qui sont chrétiennes et cela donne des enfants solides, qui ont deux cultures (11).
Le Jarl (12) Ivar le Sans Os a été tué par les Irlandais, Il est remplacé par son frère Halfdan dans cette contrée. Ubba perd la vie en 877, à Cynuit dans un combat contre l’ealdorman Odda le Vieux, qui lui barre la route du Wessex, tandis qu’Alfred s’oppose à Guthrum.
Sortant de son exil dans les marais, Alfred parvient à réunir la Fyrd (13) pour Pâques, et se dirige vers Ethandun où sont groupées les armées Danes et celles de Wulfhere, un seigneur qui a abandonné son roi saxon. Pour l’heure, les quatre mille Danes ont faim dans leur ville de Cippanhamm, et Alfred parvient à grand-peine à réunir trois mille hommes.
Fyrd
L’armée d’Alfred part en procession derrière les vingt-trois prêtres et dix-huit moines qui chantent des psaumes, en direction de la Pierre d’Egbert. Sous un ciel tourmenté, les Danes, avec le renégat Wulfhere au pied de l’ancien fort d’Ethandun, attendent de pied ferme la fyrd du Wessex, les guerriers frappant en cadence leurs boucliers de leurs épées. Un conseil de guerre réuni autour d’Alfred débat de la tactique à employer.
Les uns conseillent d’attaquer droit devant dans le mur de boucliers, Arnulf de Suth Seaxa conseille d’attaquer au centre de la formation ennemie, Osric de Mercie pense qu’il faut les laisser venir à eux, Wiglaf de Sumorsaete ne décide rien.
Le roi décide d’attaquer les hommes de Wulfhere qui, pense-t-il hésiteront à se battre contre leurs frères chrétiens, Osric et Arnulf, avec les hommes du Wiltonscir et de Suth Seaxa vont attaquer les Danes, et les troupes de Wulfhere dans la plaine à l’est du fort. Les Danes qui quitteront les remparts du fort, seront interceptés par les troupes d’élite du roi.
Ceci décidé, le roi demande à l’évêque Alewold de dire une prière pour le succès du combat à venir. L’évêque prie longuement, la pluie tombe, et les Danes impatients d’en découdre, insultent copieusement les Saxons. Ces derniers mettent en place le mur de boucliers. Les hommes ne se mettent pas volontiers au premier rang, Alfred à cheval parcourt le front de bataille en leur affirmant « Dieu est avec nous, nous vaincrons ». Des prêtres aspergent d’eau bénite les hommes trempés par la pluie, d’autres chantent des cantiques.
En avant hurle le roi. En avant hurlent en écho les capitaines. Les troupes saxonnes avancent de quelques pas et s’arrêtent devant le skaldborg (14). Les Danes débordent d’assurance ; il y a de quoi, car ils sont supérieurs en nombre de combattants et surtout en qualité. Dans la fyrd, il y a plus d’hommes habitués à la charrue qu’à l’épée. Les capitaines commencent à traiter les Danes d’enfants de putain, de bâtards d’enfer et de souffle de vermine, bientôt repris par leurs hommes à qui cela donne du courage. Les rangs avancent et sont bientôt au contact. La clameur des combattants se fait plus forte, les capitaines lancent leurs hommes, et dans un fracas titanesque, les deux armées se heurtent.
Guerrier Viking
Dans des odeurs de sang, d’excréments, les hurlements des blessés, les cris des combattants enragés, la fyrd ébranle le mur de boucliers Dane. Toutefois le mur d’Osric s’effrite, et les troupes du Wessex agonisent, tout cela par la faute des troupes de Wulfhere qui veulent quitter la formation Dane et se joindre à la fyrd, dans laquelle ils sèment le désordre. L’aile droite est fracassée, les troupes de Suth Seaxa se replient vers l’arrière, à ce moment Guthrum et ses troupes déferlent du fort, mais ils perdent soixante hommes et sont refoulés par les hommes de la garde d’élite d’Alfred.
Cela fait une heure que la bataille a commencé sous une pluie diluvienne. Les deux armées se recomposent et s’accordent un repos pour souffler. Puis la bataille reprend dans la rage des combattants qui repoussent les Danes au pied de la forteresse. Ceux-ci demandent à parlementer, et des envoyés sont reçus par Alfred. En fait, ils cherchent surtout à gagner du temps pour que les leurs puissent mettre de l’ordre dans leurs lignes.
Le dernier assaut sera le plus dur, car la fyrd va devoir escalader les contreforts boueux et glissants de la levée de terre du fort. Ils vont devoir tuer des Danes protégés par un rempart en surplomb. Les murailles décrivent un arc de cercle au bord de l’escarpement ; elles sont protégées par un fossé rempli de boue et d’eau. Le roi fidèle, à son habitude, et pour éviter des pertes inutiles, pense offrir la paix aux Danes en échange d’une conversion massive. Mais le banquet de la mort va s’ouvrir, car les Danes qui envoient au diable les propositions du roi, se sont regroupés et attendent de pied ferme la fyrd d’Alfred.
La pluie recommence à tomber ; les hommes commencent à se placer munis de lances, car il faudra viser les chevilles et les jambes des Danes placés plus haut. L’attaque sera lancée après un tir des archers, alors que les Danes les huent et les insultent en frappant leurs boucliers avec leurs épées. Alfred entre dans le fossé pour galvaniser ses troupes. La première charge échoue, au cours de la deuxième, les Danes évacuent la position, et se replient sur Cippenham. Guthrum a eu peur d’affronter la fyrd ce jour, il s’est enfui.
La victoire d’Ethandun constitue le début d’unification des provinces saxonnes, qui deviendront beaucoup plus tard l’Angleterre, la terre des Angles.
2010 --FNCV--
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Notes :
« Faire viking » dans la langue Dane, signifiait tout simplement piller.
Têtes de serpents mythiques ou de dragons, gueules ouvertes et langues dardées.
Leurs épées s’appellent « souffle de serpent » « dard de guêpe » « brise cœur »
Odin et ses deux corbeaux, Huginn et Muminn perchés sur son épaule. Il les envoie de par le monde pour apprendre ce qu’il s’y passe.
L’arbre de vie de chaque être humain s’appelle Iggdrasil. A son pied les trois fileuses appelées Nornes tissent la vie et nouent les fils du destin.
Yule se situe aux alentours de notre Noël et célébrait la nuit la plus longue.
Alfred qui prend le titre de roi en 871, a en fait évincé le réel prétendant au trône : AEthelwold le fils du roi défunt. C’est bel et bien une usurpation de trône.
Le pendragon était arboré bien avant, sur l’étendard d’Arthur. Une seule différence : le pendragon d’Arthur était rouge et celui du Wessex, blanc, puis vert.
Le roi Edmond qui essayait d’évangéliser une bande de Danes, en fait la triste expérience. Montrant un Saint-Sébastien criblé de flèches et qui était paraît-il en excellente santé après ce traitement, se voit proposer le marché suivant : tous les Danes présents vont tirer une flèche sur le roi, et s’il survit, tous se feront baptiser. Point n’est besoin de parler de la suite.
Londres, appelée aussi Lundenceaster
On retrouve ce goût de la discipline militaire au combat, qui fera la force des armées anglaises dans toutes les guerres.
Jarl viking est synonyme de Ealdorman Angle, Comte pour les deux. Ivar le Sans Os, Ubba l’Horrible son oncle, et Halfdan sont du clan Lothbrok.
La Fyrd se compose de nobles et de leurs armées. Ces armées sont composées de fermiers ; ceux-ci arrêtent de se battre en été, saison des moissons.
Un fort de boucliers
Glossaire : Les noms de personnes, de villes et de lieux sont orthographiés en anglais médiéval.
Anglie
Cornwalum
Dalriada
Eoferwic
Norses
Pictie
Sviars
Temse
Angleterre
Cornouailles
Ecosse occidentale
York
Norvégiens
Ecosse orientale
Suédois
Tamise