La guerre est une barbarie quand on attaque
un voisin paisible ;
c'est un devoir sacré
quand on défend la patrie.
Guy de Maupassant
Une patrie se compose des morts qui l'ont fondée aussi bien que des vivants
qui la continuent.
Joseph Ernest Renan .
Braves devant l'ennemi, lâches devant la guerre, c'est la devise des vrais généraux. La Guerre de Troie
n’aura pas lieu
Les
grandes batailles
Major battles
La Chevalerie Française : La bataille d'Azincourt - 25 octobre 1415
La Guerre de Cent ans ne fut pas une guerre continue, mais une succession de batailles. Elle commence en fait lors du mariage d’Aliénor d’Aquitaine (1) avec le comte d’Anjou, duc de Normandie, Henri Plantagenêt. Elle amène dans sa dot, le fief d’Aquitaine. Cette dot, lorsque le prince anglais devient roi deux ans après son mariage, fait de Henri (par ailleurs duc de Normandie), le vassal du roi de France. Cette guerre, ponctuée de batailles, d’émeutes, d’épidémies, de soulèvements, d’exactions et d’atrocités de toutes sortes commises par les « compagnies » ou les routiers, va user plusieurs rois de valeur inégale, et plonger la France dans une récession dont elle mettra bien longtemps à se relever.
Les Français qui ont, quelque soixante-neuf ans plus tôt, lors de la bataille de Crécy, vuleur chevalerie mise à mal (2) par des archers et des piétons anglais, ne se rappellent plus cette défaite ; ils vont rééditer en plus désastreux, leur malheureuse tactique. Les Anglais ont développé au cours du siècle précédent, alors que les bouches à feu ne sont pas employées dans la guerre d’alors (3), des unités d’archers – principalement gallois – qui sont munis d’un arc en bois d’if, dont la corde est en chanvre (4). Ils constituent l’artillerie légère qui manque face à la cavalerie lourde mise en ligne par les Français. Leur tactique est simple : occuper une hauteur (ce qui ralentit la charge de cavalerie), se protéger derrière des pieux et des haies, tirer sur les destriers puis lorsque les chevaliers sont à terre, les piétons les achèvent, ou les font prisonniers à rançon.
« Le matin précédant la bataille ». Peinture de Sir John Gilbert.
Azincourt constitue ce que l’on pouvait faire de pire dans l’art de la guerre, compte tenu des expériences passées. Dès septembre, les Anglais ont débarqué environ six mille hommes près d’un village côtier, nommé Chef de Caux, ils prennent la ville d’Harfleur tout à côté, pour garantir leurs arrières, puis s’enfoncent dans le pays en direction de la Somme qu’ils ravagent. Les Français les poursuivent, et tentent de leur barrer la route de Calais vers laquelle ils se replient, chargés de butin.
Le lieu situé entre les collines d’Azincourt et Tramecourt a été fraîchement labouré ; de plus, il pleut des cordes. Les deux armées se font face, et passent la nuit sur leurs positions. Du côté de l’armée française commandée par le connétable Charles 1er d’Albret, le terrain est encore plus boueux. La plupart des chevaliers n’ont aucun endroit pour se mettre au sec, aussi ils passent la nuit, sous la pluie glaciale, sur le dos de leurs montures. Au petit matin, hommes et chevaux sont fourbus, englués dans une boue épaisse. Le tableau de Sir John Gilbert dépeint bien l’état des chevaliers français au petit matin. La bataille s’annonce mal car les Anglais, dont l’armée est composée d’infanterie, ont préparé les haies d’épineux et de pieux, devant leur arme-miracle : les archers. Les chevaliers vont devoir charger dans la boue profonde en montant la colline.
Treize mille cinq cents Français vont affronter six mille Anglais. Henry V place des archers en coin, et d’autres sur ses flancs pour éviter d’être tourné. Ses combattants à pied sont placés au centre. Le roi se place en tête, entouré de sa garde. Le Duc d’York commande l’aile droite, le sire de Camoys l’aile gauche, et le duc d’Erpyngham les archers. En face d’eux, la masse imposante de la chevalerie française qui se groupe pour l’attaque. Cette multitude qui tient à montrer ses couleurs, se voit obligée de remiser les étendards, car ils empêchent de voir le champ de bataille. Elle repousse en arrière les chevaliers peu titrés, afin d’avoir à elle seule la gloire de la victoire.
Des négociations menées par les deux parties n’aboutissant pas, la bataille est inéluctable. Vers 10 heures du matin, les Anglais prient, genou en terre. Henry V fait avancer ses troupes – à l’exclusion des archers – de six cents mètres pour les placer à l’endroit le plus étroit du champ de bataille. Il réduit ainsi la capacité de la charge de cavalerie lourde, et permet ainsi à ses archers de cribler (5) les cavaliers.
La chevalerie entassée sur trois rangs lance la charge ; tout de suite les chevaux lourdement chargés, fatigués d’une nuit sans repos réel, glissent dans la boue et s’abattent les uns sur les autres. L’ordre revenu, les Français lancent une deuxième charge qui finit dans le même désordre. Deux autres charges connaissent le même sort. Il faut noter qu’à chaque charge, les archers anglais abattent un bon nombre de chevaliers qui se sont approchés de leurs positions. Les corps des hommes et des chevaux ajoutant à la défense des positions anglaises. Derrière l’avant-garde sont massés les quatre mille hommes de pied, certains en armure (6), commandés par les comtes d’Aumale, de Dammartin et de Fauquembergues. Les chevaux blessés, libérés de leur fardeau, courent en tout sens en ajoutant au désordre.
Les soldats à pied s’avancent et engagent le combat. Ils arrivent même à faire reculer les troupes anglaises. Toutefois, les archers obscurcissent le ciel de leurs traits ; englués dans la boue qui ralentit leurs mouvements, obligés de se protéger des flèches qui tombent dru, les chevaliers ne peuvent même plus lever leurs armes. Les Anglais en profitent, enfoncent la ligne française, et le massacre commence. Les coutiliers anglais égorgent les chevaliers à terre sans faire de quartier. Les rescapés refluent vers la deuxième ligne qui est en train de s’ébranler créant ainsi une confusion extrême. Les Anglais commencent à faire des prisonniers à rançon. Ils sont quelques centaines qui ont rendu leur épée, et qui attendent, lorsque le Seigneur d’Azincourt, Rifflart de Palmasse et Robinet de Bournonville attaquent avec six cents paysans, le camp des Anglais. Ils sèment le trouble, pillent les bagages royaux, s’emparent même de l’épée royale, d’une couronne et d’une partie du trésor royal. Henry V craignant de devoir se battre sur deux fronts au cas où les chevaliers prisonniers viendraient à reprendre les armes, ordonne de les exterminer.
Les soldats protestent, car ils voient de somptueuses rançons leur passer sous le nez, mais le roi menace de faire pendre ceux qui n’exécuteront pas ses ordres. Les chevaliers prisonniers sont égorgés, massacrés jusqu’au dernier (7). Ceci fait, Henry V se retourne contre la troisième ligne qui commence à charger, et la met en fuite. Ysambart d’Azincourt se replie également avec ses hommes.
A 17 heures, la bataille est terminée. Le lendemain matin, Henry V donne l’ordre d’achever tous les blessés qui gisent sur le champ de bataille.
Le bilan de cette bataille qui se place aux deux tiers de la guerre de Cent Ans est désastreux. La chevalerie française est décimée, et ne jouera plus un rôle prépondérant au cours des futurs affrontements. Elle a perdu six mille chevaliers dont le connétable, plusieurs ducs (Jean 1er d’Alençon, Edouard III de Bar, Antoine de Bourgogne), cinq comtes, quatre-vingt dix barons, le conseiller et chambellan du roi Charles VI qui meurt quelques semaines après la bataille, de ses blessures.
Les Anglais ont perdu treize chevaliers, dont le duc d’York (tué par le duc d’Alençon), ainsi qu’une centaine de soldats piétons.
Outre les pertes humaines, la gestion du royaume est fortement compromise par la mort d’un nombre conséquent de baillis et de sénéchaux, qui prive la France de ses cadres administratifs et militaires. La « piaffe » (8) des chevaliers leur a été fatale, comme leur indiscipline chronique. Une ère nouvelle s’ouvre : celle de l’artillerie dans laquelle la France va exceller, tout comme les Ottomans. Les Anglais négligeront cette arme s’en tenant à leurs archers, et perdront la guerre, lors de la bataille de Castillon.