La guerre est une barbarie quand on attaque
un voisin paisible ;
c'est un devoir sacré
quand on défend la patrie.
Guy de Maupassant
Une patrie se compose des morts qui l'ont fondée aussi bien que des vivants
qui la continuent.
Joseph Ernest Renan .
Braves devant l'ennemi, lâches devant la guerre, c'est la devise des vrais généraux. La Guerre de Troie
n’aura pas lieu
Les
grandes batailles
Major battles
Les Chevaliers du Temple : La prise de Saint Jean d'Acre
Ecus participants à la prise de Saint Jean d’Acre
LA PRISE DE SAINT JEAN D’ACRE
Août 1189 à Juillet 1191
La sévère défaite des Cornes de Hattin, subie le 4 Juillet 1187, est encore dans toutes les mémoires, lorsque la troisième croisade a lieu afin de récupérer les terres reprises par les musulmans dirigés par Saladin. L’objectif prioritaire est Jérusalem.
Saint Jean d’Acre
Saladin, roi des Ayyoubides, va essayer d’occuper tous les ports de la contrée afin de couper les approvisionnements des croisés déjà installés. Le 8 Juillet 1187, il met le siège d’abord devant la ville d’Acre, défendue par Josselin III de Courtenay. Celui-ci n’est pas un foudre de guerre et, en dépit des avis contraires des bourgeois et du peuple de la ville, il remet la ville à Saladin le 10 juillet. Malgré la vie sauve garantie par traité, les habitants chrétiens émigrent. Saladin part à la conquête de Jérusalem qu’il prend sans coup férir le 2 octobre.
Pendant que les musulmans assiègent la ville Sainte, Conrad de Montferrat – un croisé qui sera assassiné par les hommes de Hassan Al Sabbah (1) - se présente devant le port de Saint Jean d’Acre le 13 juillet, et se rend compte avec stupéfaction que la ville est aux mains des mahométans. Il arrive à échapper de justesse aux navires égyptiens lancés à ses trousses et aborde un peu plus au nord à Tyr, qui est assiégée par Saladin. Sous l’impulsion de Conrad, la défense efficace de la ville contraint les musulmans à lever le siège le 2 janvier 1188. Saladin va essayer de diviser le camp des croisés en libérant Guy de Lusignan – fat et médiocre stratège - qu’il avait fait prisonnier à Hattin, en lui faisant jurer de ne plus porter les armes contre les musulmans. Il va tenter en pure perte de prendre le commandement des troupes croisées tenues en main par Conrad, qui va même lui refuser d’ouvrir les portes de Tyr.
Roi sans royaume, discrédité aux yeux des croisés, Lusignan va à présent renier la parole donnée à Saladin, en mettant le siège devant Acre, accompagné de quelques chevaliers fidèles.
Les Croisés
Aux alentours du 1er septembre, les flottes des croisés arrivent devant Acre, renforcent considérablement les troupes de Lusignan et coupent le ravitaillement par mer des assiégés. Une armée commandée par Taqui Al Din, neveu de Saladin, bouscule les troupes trop peu nombreuses de Lusignan et pénètre dans la ville le 15 septembre, pour renforcer la garnison. Entre le 18 septembre et le 4 octobre, les Sarrasins et les Francs se livrent quelques batailles sans qu’aucun camp ne réussisse à emporter l’avantage. Toutefois, les cadavres pourrissant en plein air entre les deux armées, apportent des maladies et des épidémies. Saladin éloigne son camp vers des positions plus saines et appelle à la guerre sainte pour en finir avec les croisés. L’hiver arrive et la disette sévit dans le camp de ces derniers. Conrad oubliant sa rivalité avec Lusignan, consacre alors ses efforts aux convois de ravitaillement.
Une tour d’assaut est lancée contre la ville
Le printemps revenant, des équipes de bûcherons ont abattu et détaillé des troncs d’arbres en madriers, pour fabriquer une tour d’assaut qui est lancée contre la ville le 27 mai 1190. Les assiégés préviennent Saladin qu’ils ne peuvent plus résister aux croisés qui vont investir sous peu la ville. Le chef sarrasin parvient à incendier le matériel de siège des croisés, mais est obligé d’envoyer une partie de son armée contre l’armée de Frédéric Barberousse qui arrive avec 250.000 hommes, auréolé de sa victoire remportée sur les Turcs, en mai, à Iconium. En fait, Barberousse est mort noyé le 10 juin en traversant le Selef en Cilicie. Après la mort de Barberousse, une partie de ses chevaliers retournent sur leurs terres et une centaine – sous le commandement de Frédéric de Souabe - rejoignent les croisés sous les murs d’Acre. Un fort parti de croisés se lance à l’attaque du camp de Saladin, mettent en fuite ses troupes, et entreprennent de piller le camp. C’est alors que les musulmans reviennent, et massacrent une bonne partie des pillards le 25 juillet.
Le 27 juillet, le Comte Henri II de Champagne arrive avec un fort contingent de croisés et annonce l’arrivée de Philippe Auguste roi de France et Richard Cœur de Lion roi d’Angleterre. Ils font construire une nouvelle tour d’assaut qui est incendiée au moyen de feux grégeois le 15 octobre (2). Ils lancent une attaque contre le camp de Saladin sans résultat, tandis qu’un navire égyptien force le blocus et entre dans Acre pour débarquer des renforts.
Les rois Philippe Auguste et richard Cœur de Lion
Merry Blondel – Château de Versailles
Photo RMN
Le 20 avril 1191, c’est la troisième croisade. Le roi de France Philippe Auguste débarque aux environs d’Acre, bientôt rejoint par Richard Cœur de Lion le 8 juin qui a, au passage, pris l’île de Chypre. Ce dernier entretiendra des relations courtoises avec Saladin sans que rien n’en ressorte de positif ; il y a eu trop de sang répandu entre les deux belligérants. Le dernier navire égyptien est coulé par la flotte de Richard, et les assiégés ne peuvent plus espérer de renforts ni d’approvisionnement. Le 3 juillet, Saladin lance une attaque sur les camps des croisés, destinée à forcer le blocus et faire passer des renforts et des approvisionnements ; son attaque échoue. Qaraqush et al Meshtub demandent à Saladin de négocier la reddition de la ville. Il va refuser les exigences des croisés qui demandent la restitution de la Vraie Croix et du royaume de Jérusalem dans ses frontières antérieures à 1187.
Les deux rois entrent dans Saint Jean d’Acre
La garnison lasse d’attendre ouvre les portes, et les croisés entrent dans Saint Jean d’Acre derrière les deux souverains, qui tous deux sont rois de France, l’un par le sang, l’autre par héritage. La ville investie, le roi de France s’en retourne dans ses Etats courant août, d’autant qu’il supporte mal Richard dans ses débordements.
Le 20 août, Richard, impatient de voir traîner en longueur l’exécution des conditions de reddition, donne l’ordre de massacrer les soldats de la garnison de la ville. 2.700 soldats avec leurs familles sont mis à mort. De tels agissements, sont hautement préjudiciables à la future cohabitation des deux peuples, car le sang appelle le sang. Ceci fait, il quitte Acre pour se rendre à Jaffa.
Combat d’un croisé contre un hashashin
* * *
(1) Hassan Al Sabbah (le vieux de la montagne) : Leader et fondateur de la secte des Ismaéliens, résidant au château d’Alamut en Perse. Il est le créateur des « fedayins » dopés au haschisch qui les fera nommer « assassins » dérivé de « hashashin ». Contemporain de Taj el Molk grand vizir, de Ibn Sina (Avicenne) et de Omar Khayyam, créateur des fameux quatrains « sulfureux » louant le vin et les femmes. En l’occurrence, Al Sabbah fait exécuter Conrad de Montferrat pour son amitié et son alliance avec Richard Cœur de Lion. Il paie ainsi de sa vie l’exécution ignoble des 2.700 soldats et de leurs familles, ordonnée par son allié.
(2) 820 ans après ces évènements, nous pouvons mettre en lumière une action singulière d’un des protagonistes du siège de Saint Jean d’Acre. Ce n’est certes pas un chevalier de grande maison; il s’appelle Vargas Y Lopez de Machuca. C’est un noble hidalgo de Séville qui a suivi comme chevalier banneret l’étendard de son suzerain et a pris la croix dans l’ordre des Chevaliers de l’Hôpital. Il est servi par deux ou trois écuyers dont l’un, d’extraction modeste, s’appelle simplement Juan (il n’y a pas de nom de famille pour les gens du commun). Lors d’une attaque des murs de Saint Jean d’Acre, ce Juan sauve la vie de son seigneur en combattant au péril de sa vie. Le soir même il est anobli et doit choisir un nom. Cet écuyer n’a pour protection qu’un casque en cuir bouilli (le cuir de cette époque est très épais, et dévie très bien les coups d’épée). Il est adoubé du nom de Juan Galea (Galea signifie en latin casque en cuir). Premier du nom, ses armoiries sont simples : de gueules, une armure romaine en or surmontée de trois étoiles d’argent sur champ d’azur (la Sainte Trinité). Sa devise est brève : Memento finis (pense à ta fin).
« De gules con una armadura romana de oro.
El jefe de azur cargado de tres estrellas de plata »