La guerre est une barbarie quand on attaque
un voisin paisible ;
c'est un devoir sacré
quand on défend la patrie.
Guy de Maupassant
Une patrie se compose des morts qui l'ont fondée aussi bien que des vivants
qui la continuent.
Joseph Ernest Renan .
Braves devant l'ennemi, lâches devant la guerre, c'est la devise des vrais généraux. La Guerre de Troie
n’aura pas lieu
Les
grandes batailles
Major battles
Jean Parisot de La Valette
BIOGRAPHIE
Plus quam valor, valet Valette (Valette au service de la valeur absolue)
« Écartelé de gueule à la croix d'argent et de gueule au lion et au gerfaut d'argent »
Jean PARISOT de la VALETTE (1494 - 1568) Grand Maître de l’Ordre de Saint Jean de Jérusalem
Jean Parisot de La Valette est né en l’an de grâce 1494 au château de Labro dans le Quercy. Fils de Guilhot de La Valette-Cornusson, chevalier, gentilhomme ordinaire de la chambre du Roi et de Jeanne de Castres.
Il entre à l’ âge de vingt ans au service de l’Ordre de Saint Jean de Jérusalem. Au cours d’un combat naval, il est fait prisonnier par le corsaire Dragut, et va ramer comme esclave en attendant le versement de sa rançon. Il met à profit cette situation pour apprendre le turc et l’arabe (1). Libéré, il va être nommé Prieur de Saint Gilles, gouverneur de Tripoli d’Afrique en 1537, puis général des galères à Malte en 1554. A ce poste il va mener la vie dure aux pirates barbaresques qui écument la Méditerranée, et acquérir la renommée d’un homme qui n’abandonne jamais le but qu’il s’est fixé.
Jean Parisot de la Valette
Le bailli de la Sangle, Grand Maître, tombe malade et meurt. L’Ordre choisit celui qui lui paraît le plus apte à mener les troupes chrétiennes au combat. L’amiral Parisot de La Valette (2) est élu 44ème Grand Maître à l’unanimité, à l’âge de 63 ans, le 21 août 1557. Il va avoir fort à faire car Malte n’est pas prête à subir les affres d’un siège par la multitude turque. Ses prédécesseurs tout entiers accaparés par la chasse aux pirates, ne se sont guère occupés des fortifications de l’île, qui sont dans un état lamentable. Avec les moyens financiers procurés par la revente des cargaisons saisies sur les navires turcs et pirates, il finance la construction de nouveaux forts et le renforcement des forts existants. Il fait creuser des souterrains de communication entre eux, fait stocker de l’eau douce, du grain, de la poudre et des boulets. Il achète en Italie des canons, des mousquets et des cuirasses.
Chaque passager d’un bateau accostant à Malte
doit fournir un panier empli de terre…
Il répartit les tâches à exécuter entre les civils maltais, les marins à terre, les soldats venus de tous horizons ; le tout sous la surveillance de ses chevaliers. Il prépare également, soigneusement, le port à une attaque venue du large. En cas d’attaque, la flotte de l’Ordre, embossée dans le port des galères est protégée de toute incursion par une chaîne à l’épreuve des plus rudes coups, qui barre l’entrée du mouillage. En cas d’attaque, les marins de l’Ordre serviront aux créneaux des forteresses et seront en fait, les premiers Fusiliers Marins de l’histoire. Il instaure un péage assez curieux : chaque passager d’un bateau accostant à Malte devra fournir un panier rempli de terre en guise de taxe d’entrée (3). Cela va constituer les jardins de Malte qui vont produire des primeurs.
Malgré le dur labeur qu’il fait soutenir à tous, les forts sont encore imparfaitement protégés. Les gros nuages noirs de l’attaque ottomane s’amoncellent, et les avertissements lui parviennent du départ de la flotte d’invasion. Il fait évacuer toutes les femmes et enfants vers la Sicile, mais n’a pas assez de barques pour évacuer toute la population. Tous attendent de pied ferme l’armée turque.
Siège de Malte
Le 17 mai, un coup de canon et les carillons des cloches annoncent l’arrivée de la flotte ennemie. Les derniers habitants rentrent dans la ville avec leurs troupeaux et les troupes prennent position. La Valette va de poste en poste vérifier que tout est en ordre et réconforte ses hommes. A soixante-dix ans, Jean Parisot de La Valette est un homme sec, rigide et froid ; à ses chevaliers, à ses soldats et à la population il assure « qu’il épargnera au monde, la honte de voir un Grand Maître prisonnier ». Le 18 mai les Turcs débarquent et occupent entièrement l’île. Le 20 mai les troupes turques se lancent à l’attaque du bourg et du fort Saint Michel. La Valette, présent, encourage ses hommes. Les 12.000 Turcs sont repoussés, mais repartent à l’assaut, cette fois contre le fort Saint Elme qui commande l’entrée du port. Reçus à coups d’épée, décimés par la mitraille déversée par le fort et le bourg réunis, les Turcs refluent, laissant 2.000 morts sur le terrain. Le lendemain, les janissaires remontent à l’attaque et sont bien près de franchir les fortifications. Le chevalier de La Cerda qui commande l’ouvrage demande des renforts. Le Grand Maître n’apprécie guère, et répond que «si les défenseurs du fort veulent abandonner leur poste d’honneur, il est prêt, personnellement, avec ses chevaliers à venir les remplacer. Les assiégés envoient un nouveau message au Grand Maître regrettant qu’il ait mal compris leur requête, qu’avec ou sans secours, ils entendent faire jusqu’au bout leur devoir. Chaque nuit des renforts, des munitions et des vivres leurs sont acheminés par barques ou à la nage.
Le fort Saint Elme va succomber
Les Turcs attaquent sans répit, y compris de nuit. Ils sont repoussés à chaque fois, mais il est évident que ce fort va tomber, et après lui les autres un par un. Chaque défenseur qui tombe ne peut être remplacé ; les infirmeries sont pleines de blessés. La Valette envoie une barque avec le chevalier Salvago, de nuit, vers la Sicile pour demander des secours au vice-roi. La réponse n’est pas satisfaisante du tout, car les éventuels sauveteurs lui demandent de les aider à forcer le blocus turc avec les navires de l’Ordre. La Valette envoie un nouveau courrier précisant que les équipages des galères sont sur les fortifications et qu’il lui est impossible d’agir dans le sens demandé. On lui répond qu’on va lui envoyer des secours sans lui préciser quand, ce qui ne l’avance guère. A première vue, les défenseurs du fort Saint Elme vont mourir, car la délivrance est loin d’être en vue. Les Turcs lancent une douzaine d’attaques sans succès et avec des pertes conséquentes. Ils parviennent à isoler complètement le fort dans lequel ne peut plus parvenir le moindre renfort.
Canon de Malte
La Valette doit assister en spectateur à la chute et au massacre des défenseurs du fort le 23 juin, puis il ordonne un service funèbre en l’honneur des héros disparus. Il assiste au martyr des rares défenseurs encore en vie qui sont dépecés vifs dans un concert de trompettes et de cymbales qui n’arrivent pas à couvrir les hurlements des suppliciés. Hors de lui, il fait mettre à mort tous les prisonniers turcs, fait couper leurs têtes qui sont chargées dans les canons. Les Turcs retournent chez eux de cette manière. C’est alors que le séraskier fait une offre aux assiégés, en envoyant un messager proposer la vie sauve contre la reddition des chrétiens. Il tombe mal, car La Valette est outré de ces manières de sauvages. Il le dit tout crûment au messager « ton maître n’est qu’un assassin, et avec un assassin point de discussion ». Très énervé, il empoigne le messager et ordonne de le mettre à mort. Les Commandeurs ont toutes les peines du monde à le raisonner, et à ramener le messager dans ses lignes.
La Valette est partout là où les combats sont les plus durs
La guerre continue encore deux mois, en usant lentement mais sûrement les défenseurs qui voient leurs forces fondre au fil des attaques turques. La Valette reconnaissable à sa soubreveste galonnée d’or et à sa barbe blanche se montre partout où les combats sont les plus durs pour ranimer la foi des défenseurs. Il est blessé d’un éclat de grenade à la jambe, ce qui ne l’empêche pas de se traîner de poste en poste. Enfin, des émissaires arrivent à forcer le blocus turc et préviennent le Grand Maître que les secours sont en en route et qu’il faut tenir encore six jours.
Levée du siège de Malte
assiégé par le général ottoman Mustapha en septembre 1565
Don Garcia de Tolède, vice-roi de Sicile, mène l'opération.
Charles Philippe Larivière - RMN
Château de Versailles
Le 7 septembre les troupes espagnoles débarquent et prennent à revers les Turcs qui rembarquent dans la confusion. Le 8 la messe est dite, le siège est terminé. Les survivants hébétés d’être passés si près de la mort contemplent le champ de ruines qu’est devenu leur ville. La Valette se découvre d’un seul coup une multitude d’amis, il reçoit des armes de prix, décline la pourpre cardinalice, et s’occupe plutôt de rendre hommage aux 260 chevaliers et au millier de soldats et d’habitants qui sont tombés sous la bannière des chevaliers de Saint Jean. Considérant le champ de ruines qui s’étale sous ses yeux, La Valette a un moment de faiblesse et envisage de quitter l’île avec ses chevaliers. Le pape Pie V lui adresse un courrier plutôt sec lui intimant de rester sur cette île et de la relever de ses ruines. La Valette devant son chapitre déclare : «La voix de votre vicaire, ô Jésus, m’indique mon devoir. C’est ici que nous resterons et que nous mourrons ».
La cité de La Valette vient de naître
Le Grand Maître n’a pas seulement dans l’idée de relever les fortifications, mais de reconstruire une nouvelle capitale qui rendra hommage aux sacrifices passés et en portera témoignage aux générations futures. Il s’adjoint les services de l’architecte Zaparelli, et les travaux commencent le 28 mars 1566 par la pose de la première pierre cimentée par le Grand Maître en personne, au milieu d’un grand concours de peuple et de chevaliers. La cité de La Valette vient de naître.
Le Grand Maître, septuagénaire, est présent sur tous les chantiers du lever du jour jusqu’à la nuit. Dans la nuit du 21 août 1568, le Grand Maître de l’Ordre des Chevaliers de Saint Jean se couche, et meurt dans la nuit sereinement, à bout de forces. Il ne peut voir l’achèvement de son œuvre gigantesque qui enchante nos yeux à l’heure actuelle. Brantôme écrira : « Nous autres Français, nous devons nous tenir très heureux et très honorés d’avoir eu en notre nation, un si grand capitaine, qui a tant répandu de sang des infidèles et ennemis de Dieu et de notre foi, et a beaucoup vengé celui des chrétiens vilainement écoulé par eux, il y a tant d’années ».
Jean Parisot de la Valette
Son corps est tout d’abord enseveli en la chapelle Notre Dame de Philerme. Puis lorsque l’église Notre Dame des Victoires est achevée, le cercueil du Grand Maître est transporté solennellement à bord de la galère capitane de l’Ordre, que tirent deux autres galères parées de drap noir, traînant dans l’eau des étendards pris aux Turcs. Dans le port de Murciet, la maison du mort, ses officiers et ses domestiques descendent les premiers à terre en portant des flambeaux. Le clergé suit la maison du prince et porte son corps en chantant des psaumes. Le nouveau Grand Maître Pietri di Monte et tous les seigneurs du Conseil suivent. Il est mis en terre et l’office des morts est célébré avec tous les honneurs dus à un si grand homme.
Il parle outre le français, l’italien, l’espagnol, le grec, l’arabe et le turc.
Un contemporain le décrit « …doué de toutes excellentes vertus et perfections »
L’île est essentiellement constituée de roches calcaires et presque entièrement dépourvue de terre arable. Tout comme à Lampedusa, son île voisine, les petites parcelles cultivables sont closes de murs de pierres sèches.
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Bibliographie :
Soliman le magnifique, André Clot, Fayard 1983.
Ghislain de Busbecq, Lettres, Paris 1748
P. Coles, La lutte contre les Turcs, Paris 1969
Les Chevaliers de Malte, Armel de Wismes, France-Empire 1998
Les Chevaliers de Malte, Prosper Jardun, Librairie Académique Perrin, 1974