La guerre est une barbarie quand on attaque
un voisin paisible ;
c'est un devoir sacré
quand on défend la patrie.
Guy de Maupassant
Une patrie se compose des morts qui l'ont fondée aussi bien que des vivants
qui la continuent.
Joseph Ernest Renan .
Braves devant l'ennemi, lâches devant la guerre, c'est la devise des vrais généraux. La Guerre de Troie
n’aura pas lieu
Les
grandes batailles
Major battles
Raymond III de Tripoli : La bataille des Cornes de Hattin
ECUS DES PARTICIPANTS A LA
BATAILLE DES CORNES DE HATTIN
4 Juillet 1187
Un mot tout d’abord sur les ordres de chevalerie religieux qui participèrent à cette funeste bataille.
L’ordre militaire et hospitalier de Saint-Lazare de Jérusalem est fondé en l’An Mil par un moine arménien. Sa devise « Atavis et armis » en latin médiéval, signifie « Par les anciens et par les armes ». Ordre religieux et militaire, ses chevaliers portent une croix verte aux branches fourchues sur l’épaule gauche, sur leur écu et leur tabard (blouse blanche armoriée, que le chevalier enfile sur son armure).
Institution officielle de l’ordre des Chevaliers Hospitaliers
De Saint Jean de Jérusalem, le 15 février 1113
Henri Decaisne, château de Versailles
Photo Le Mage, RMN
L’Ordre des Hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem est fondé en 1113 en Palestine par Gérard Tenque pour soigner et protéger les pèlerins qui se rendaient sur les Lieux Saints. Ordre religieux et militaire, ses chevaliers portent une croix blanche aux branches fourchues sur l’épaule gauche, sur leur écu et leur tabard. Leur devise (reprise par l’Ordre souverain militaire et hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem, de Rhodes et de Malte) « Tuitio Fidei et Obsequium Pauperum » (Défense de la foi et assistance aux pauvres).
L’Ordre des Chevaliers du Temple, créé en 1129, se compose de moines soldats dont une biographie leur est dédiée. Ils portent sur leur écu et leur tabard une croix pattée rouge. Leur devise est claire : « Non nobis Domine non nobis sed Nomini Tuo da gloriam » (« Pas à nous, Seigneur, pas à nous, mais à Ton Nom, seul, donne la Gloire »
(1er verset du psaume 115 – Devise de l’Ordre du Temple)
Temps des chevaliers de l’Ordre du Temple,
tenu à Paris le 22 avril 1147,
en présence du pape Eugène III et du roi Louis VII
François Granet, château de Versailles
Photo RMN
Enfin, un mot sur les écus et l’héraldique y attachée. Sur les écus ci-dessus, de gauche à droite vous pouvez constater que les écus des nobles les plus anciens sont les plus simples. En effet, les derniers arrivés doivent compliquer leurs couleurs ; ce qui équivaut à dire que plus l’écu est surchargé, plus le détenteur est récent. Cette subtilité trouve son origine dans les dissensions entre hauts seigneurs de France. La Croisade n’a pas calmé leurs brouilles métropolitaines, bien au contraire. Elles sont attisées par des ambitions territoriales et financières non négligeables. Quant le jeune « Baudouinet », Baudouin V de Montferrat décède d’une mauvaise fièvre, le régent Raymond III de Tripoli est destitué et le trône de Jérusalem est attribué à Guy de Lusignan, dont l’épouse Sybille est la sœur de l’ex roi Baudouin IV le roi lépreux qui a quitté ce bas monde le 16 mars 1185.
Les exactions de Renaud de Châtillon
seront lourdes de conséquences…
Autant dire que les relations entre les deux barons ne sont pas au beau fixe. Elles vont se compliquer singulièrement par l’attaque injustifiée et provocatrice début 1187 – une trêve a été signée entre les belligérants et dure depuis plus de six ans – d’une caravane de marchands, escortée d’hommes d’armes, qui est partie du Caire et se rend à Damas. Renaud de Châtillon tue les hommes d’armes, et emprisonne les marchands dans son fief de Kérak. Il continue ses regrettables exactions en attaquant d’autres caravanes qui se rendent à la Mecque.
Bataille de Montgisard, remportée par Beaudouin IV
roi de Jérusalem, sur l’armée du sultan Saladin en 1177
Charles Larivière, château de Versailles
Photo RMN
Saladin déplore ces faits, mais n’étant pas prêt militairement à châtier l’insolent, il fait preuve de diplomatie et demande à Renaud de Châtillon de respecter la trêve signée, de libérer les prisonniers et de restituer les biens confisqués. Renaud qui est un entêté, lui propose avec insolence de demander à son Dieu de venir les sauver. C’en est trop ; Saladin rassemble 12.000 hommes et en mars, assiège Kerak. Ses troupes tombent par surprise sur des barons francs qui voyagent. Ils sont massacrés. Puis, il semble que les barons français tombent dans les travers de la diplomatie orientale. C’est ainsi qu’en mars 1187 Raymond de Tripoli, fort de la trêve signée avec Saladin, refuse de prêter hommage à Lusignan. Celui-ci, jaloux des bonnes relations que Tripoli entretient avec Saladin se prépare à attaquer Tibériade qui est un fief en propre à Echive de Bures, épouse de Tripoli. Ce dernier alerte Saladin qui force la levée du siège.
Le 30 avril 1187, Saladin demande à Raymond de Tripoli – conformément aux termes de leur accord - le libre passage pour une colonne d’éclaireurs qui se rend vers Tibériade. Tripoli ne peut refuser, et demande que les soldats musulmans quittent le territoire avant le soir et ne commettent aucune déprédation. Le 1er mai, la colonne qui compte 7.000 cavaliers passe devant la ville, et le soir – conformément aux accords – alors qu’ils font route inverse, ils tombent par hasard sur 150 chevaliers du Temple qui viennent d’attaquer une colonne près de Saffuriya. Ils ne peuvent faire face aux 7.000 cavaliers musulmans, et sont tous tués à l’exception de trois survivants - dont le Maître de l’Ordre, Gérard de Ridefort - qui parviennent à se sauver.
Bataille d’Arsûf remportée par Richard Cœur de Lion et Hugues de Bourgogne
sur l’armée du sultan Saladin, le 14 septembre 1191
Eloi Feron, château de Versailles -
Photo RMN
Raymond de Tripoli change son fusil d’épaule, et met ses effectifs à la disposition de Lusignan. Le 24 juin, les Francs sont prêts à effacer la défaite. L’armée mise en branle, compte 2.000 chevaliers dont 1.200 du Temple et des Hospitaliers, 13.000 fantassins, 40.000 mercenaires dont 2.500 cavaliers et 7.000 Turcopoles. Saladin aligne 60.000 hommes ; il place 25.000 hommes près de Séphorie (Saffuriya) sur une colline. Pour faire évoluer la situation, il lance une attaque sur Tibériade où se trouve toujours l’épouse de Raymond de Tripoli. Ce dernier ne veut pas aller au secours de Tibériade car il pense que les murs sont bien défendus. Renaud de Châtillon ne l’entend pas de cette oreille, et pousse Ridefort à aller affronter les musulmans. Celui-ci convainc Lusignan de mettre l’armée en marche, ce qui est fait le 1er juillet. Menée par la Vraie Croix brandie par les Templiers, l’armée chemine dans la poussière. C’est l’été et la chaleur est accablante ; les hommes souffrent de la soif, car Saladin a fait empoisonner tous les points d’eau. Les musulmans harcèlent l’armée en marche par des nuées de flèches. Le but souhaité par Saladin est atteint dans la soirée ; les Francs se dirigent vers Hattin où il y a un point d’eau. Il leur barre la route et l’armée franque bivouaque dans un désert de pierres brûlantes sans eau. Toute la nuit, des cavaliers harcèlent l’armée franque.
Les croisés, privés d’eau, étouffent sous leurs cuirasses…
Le matin du 4 juillet annonce une journée encore plus chaude que la veille. Les Francs se trouvent sous le vent et Saladin met le feu à des broussailles. La fumée et le feu se dirigent vers les croisés privés d’eau, qui étouffent sous leurs cuirasses. Ils tentent de percer les lignes ennemies pour gagner les rives du lac de Tibériade, mais peu à peu, ils sont repoussés vers les collines des cornes de Hattin. Raymond de Tripoli parvient à percer l’encerclement et s’enfuit vers Saffuriya en emmenant avec lui le fils du prince d’Antioche et quelques chevaliers. Quelques unités parviennent à fuir vers Tyr. Le reste va se battre jusqu’à la mort, à l’exception du roi de Jérusalem et de quelques grands barons qui se réfugient dans la forteresse de Tibériade. 30.000 hommes meurent ce jour là, et la Vraie Croix est piétinée par les musulmans en joie. Le 5 juillet, Guy de Lusignan, roi de Jérusalem, Amaury II de Lusignan, connétable du royaume de Jérusalem, Geoffroy de Lusignan, comte de Jaffa et d'Ascalon , Gérard de Ridefort, maître de l'Ordre du Temple, Onfroy IV de Toron, seigneur d'Outre-Jourdain et de Montréal, Guillaume de Montferrat, les chevaliers survivants du Temple et de l’Hôpital, Renaud de Châtillon, sortent de la forteresse et se rendent.
Les croisés d’Amaury de Lusignan et de Henri Ier Brabant
affrontent les troupes du sultan Saladin, en octobre 1197
Alexandre Hesse, château de Versailles - Photo RMN
Renaud de Châtillon responsable de la défaite, est décapité pour parjure devant Saladin. Environ 300 chevaliers du Temple et de l’Hôpital sont emmenés à Damas et décapités sur la place publique. Les soldats turcs et musulmans ainsi que les Turcopoles sont massacrés, les soldats prisonniers sont réduits en esclavage, le roi de Jérusalem et autres grands barons sont emmenés à Damas en attendant le versement de leur rançon.
En l’espace de quelques mois, la Palestine toute entière va passer sous la domination de Saladin, à l’exception de Tyr, Antioche et Tripoli au Liban.