La guerre est une barbarie quand on attaque
un voisin paisible ;
c'est un devoir sacré
quand on défend la patrie.
Guy de Maupassant
Une patrie se compose des morts qui l'ont fondée aussi bien que des vivants
qui la continuent.
Joseph Ernest Renan .
Braves devant l'ennemi, lâches devant la guerre, c'est la devise des vrais généraux. La Guerre de Troie
n’aura pas lieu
Les
grandes batailles
Major battles
Raymond III de Tripoli
BIOGRAPHIE
Sceau de Raymond III
Raymond III de Tripoli - il s’agit de Tripoli du Liban - voit le jour, au cours de l’année 1140 en Galilée, de Raymond II de Tripoli et de Hodierne de Jérusalem qui n’est autre que la fille de Baudouin II de Jérusalem, sauvée d’un rezzou de mahométans par les Chevaliers du Temple. Tous deux n’ont jamais vu la terre de France, et connaissent parfaitement la mentalité orientale au travers de leurs serviteurs et des grands érudits arabes qui passant outre la barrière de la religion, essaient d’en apprendre un peu plus sur ces Francs aux yeux bleus. Il devient Comte de Tripoli à la disparition de son père en 1174.
Raymond III de Tripoli
Il va faire ses premières armes contre l’émir Nour El Din. Son intrépidité le mène en plein combat, et il est fait prisonnier en 1164. Il a alors 24 ans. Au cours de sa captivité, il apprend à jouer aux échecs et se familiarise avec les rudiments de la culture mahométane. A l’époque, les Arabes sont indiscutablement beaucoup plus instruits dans tous les domaines que la noblesse européenne (le moindre chamelier peut réciter des poèmes de Ferdousi); il est même présenté à Hassan Al Sabbah « le Vieux de la Montagne », l’émir des Ismaéliens, et dispute une partie d’échecs avec l’homme le plus redouté d’Orient dans son nid d’aigle d’Alamut.
Des manœuvres tendant à l’écarter de son fief, et un manque de liquidités, l’empêchent de payer sa rançon qui est finalement soldée en 1172. Il est resté huit années à apprendre les us et coutumes de ses geôliers. Deux ans plus tard, en 1174, il se marie avec Echive de Bures, veuve de Gautier de Saint Omer, frère du Templier Geoffroy de Saint Omer. Elle lui apporte dans sa corbeille de mariage, le titre de prince de Galilée et de Tibériade.
Tancrède, prince de Galilée et de Tibériade
Merry Blondel, château de Versailles
Photo RMN
Une telle position le désigne tout naturellement aux basses intrigues de la cour de Jérusalem, d’autant qu’il est ouvertement partisan de privilégier une approche diplomatique avec les musulmans. Il assure la régence de 1174 à 1176 du royaume de Jérusalem après la mort d’Amaury 1er, alors que le fils de ce dernier, Baudouin IV est encore mineur.
Les lépreux doivent annoncer leur passage en faisant tourner une crécelle…
Cet enfant est atteint de la lèpre, et sa maladie lui donnera une certaine aura tant auprès des croisés que de ses ennemis. Saladin le respectera, et dira toujours du bien de lui ; il fera même réciter des prières dans les mosquées lors de sa mort car pour les musulmans, l’homme qui se décompose vivant, est la Mort en personne et donc il convient d’être en bons termes avec lui. Il faut préciser qu’à l’époque, un lépreux ordinaire est obligatoirement retiré du monde, et enfermé dans une léproserie. Quand il circule dans les rues, il doit faire tourner une crécelle afin de prévenir les passants de s’écarter. Raymond qui connaît bien les musulmans, essaie de prodiguer des conseils de prudence, mais il est vu comme un ami des mahométans, et donc à la limite de la trahison...
"Les Croisés"
François Cibot, château de Versailles -
Photo RMN
Lorsque l’émir Nour El Din meurt, ses trois fils prennent en charge les gouvernorats d’Alep, de Damas et de Mossoul, alors que Saladin toujours aussi autonome, gouverne l’Egypte. Il va faire assassiner les trois frères et s’empare de Damas afin d’unifier l’Egypte et la Syrie, rêve qui sera repris par Abd el Nasser avec le thème de la République Arabe Unie : Egypte, Syrie et plus tard Irak. Ce faisant, il tient en tenaille les possessions croisées de Terre Sainte. Raymond III, Guillaume de Tyr et une partie des barons francs comprennent immédiatement le danger, et suggèrent une alliance avec Alep qui est également menacée par Saladin, alors que Agnès de Courtenay et son complice Renaud de Châtillon prônent l’affrontement immédiat. La position de Raymond III est délicate ; ses ennemis ne se font pas faute d’avancer son amitié supposée pour les mahométans (à la limite d’intelligence avec l’ennemi). Baudouin devenu majeur, il reste son conseiller, mais écouté d’une oreille seulement.
La bêtise de Lusignan n’a d’égale que sa piètre valeur de stratège…
Puis Baudouin le lépreux meurt et Raymond assure de nouveau la régence pendant le règne très court de Baudouinet de 1185 à 1186. Quand celui-ci meurt, il est évincé de manière brutale par Guy de Lusignan aidé en cela, par les sournoises manœuvres de Renaud de Châtillon et d’Agnès de Courtenay. Raymond III se retire sur ses terres de Tripoli, loin des intrigues de cette cour dirigée par un fat doublé d’un incapable. Contre tous les conseils de prudence, Lusignan « dont la bêtise n’a d’égale que sa piètre valeur de stratège » va écouter les conseils stupides de Renaud de Châtillon « qui est parjure à son engagement de ne pas reprendre les armes contre Saladin », et se fourrer dans le guet-apens des Cornes de Hattin. Le 4 juillet 1187 la chevalerie et l’armée franque dans son ensemble sont massacrées. Raymond III arrive à s’échapper in extremis et retourne à Tripoli dans son fief. Il meurt en septembre 1187, à 47ans, sans laisser d’héritier. Il ne verra pas la chute de Jérusalem qui est prise par Saladin en octobre de la même année.
Attaque d’Antioche par les Croisés
Frédéric Henri Schopin, château de Versailles
Photo RMN
Son fief de Tripoli revient à un lointain cousin, Raymond IV de Poitiers-Antioche. Son beau-fils Hugues II de Saint-Omer lui succède comme prince de Galilée. Il faut noter qu’à cette époque, la Galilée est occupée dans son ensemble par les troupes de Saladin.
Raymond de Tripoli est un des rares chevaliers français qui ait essayé de comprendre la mentalité des orientaux, et de s’approcher de leur culture pour mieux apprécier ce qu’ils pouvaient apporter en ces siècles de plomb. Les querelles franco-franques ont migré de France vers la Terre Sainte sans perdre de leur intensité, et vaudront la perte générale des royaumes éphémères que des barons intrépides mais sans intelligence et surtout sans culture, avaient su créer à la pointe de l’épée.