La guerre est une barbarie quand on attaque
un voisin paisible ;
c'est un devoir sacré
quand on défend la patrie.
Guy de Maupassant
Une patrie se compose des morts qui l'ont fondée aussi bien que des vivants
qui la continuent.
Joseph Ernest Renan .
Braves devant l'ennemi, lâches devant la guerre, c'est la devise des vrais généraux. La Guerre de Troie
n’aura pas lieu
Les
grandes batailles
Major battles
SCIPION L'AFRICAIN
BIOGRAPHIE
Publius Cornélius Scipio est né en 235, des œuvres de Publius Cornélius Scipio son père, qui fut consul dans les années 218.
Après avoir vainement essayé de bloquer Hannibal en Gaule, son père revient en Italie pour l’affronter sur le territoire romain. C’est son oncle Cnaeus Cornélius Scipio Calvus qui prend en charge cette armée et marche à la rencontre de l’armée d’Hannibal. On retrouve notre Publius C. Scipion dans la journée qui suit la bataille de Cannes. Environ 10.000 soldats se trouvent réfugiés dans un camp et au cours d’une réunion de jeunes patriciens qui discutent de l’opportunité de se rendre, l’un d’eux, un adolescent chétif et maigre se lève et déclare « qu’il n’y a pas là sujet à délibération et que l’endroit où l’on ose tenir pareils propos n’est ni plus ni moins qu’un camp ennemi ».
Scipion blessé retiré de la bataille du Tessin
Giulio Romano – Paris, Musée du Louvre
Photo : Chuzeville, RMN
Scipion a pris part comme tribun de la seconde légion à la bataille et il a à peine dix-neuf ans. Il a déjà participé aux côtés de son père à la bataille du Tessin, et y a été grièvement blessé. Or donc, après avoir harangué ses compagnons, il se dirige vers le logis de Metellus et brandissant son glaive devant l’assistance médusée, jure « de ne pas abandonner la république du peuple romain » ; devant son air décidé, tous jurent également. Nous sommes en 216.
Scipion, homme de guerre intelligent et fin psychologue
Cinq ans après, son père et son oncle ont trouvé la mort en Espagne, où ils ont été envoyés par Rome, guerroyer contre Hasdrubal (le frère d’Hannibal), et le sénat ne trouve personne pour les remplacer. C’est alors que Publius C. Scipion, fin psychologue et doté d’une remarquable intelligence se présente. Il est nommé – non sans peine, car il n’a pas l’âge légal, ni les titres - Proconsul en Espagne -, mais pour respecter un semblant de légalité on lui adjoint un propréteur, M. Julius Silanus. Nous sommes en 211 et il a 24 ans. Il quitte Rome dans le courant de l’année 210, accompagné de son frère cadet Lucius, et de son inséparable ami Caius Laelius (grâce à qui nous devons des renseignements très précis sur Scipion). Sur place, il reconstitue son armée avec les débris des autres, et repart à la conquête de l’Espagne. Il nomme L. Marcius, un simple soldat qui a pris le commandement de l’armée désemparée après la mort de son père et de son oncle, conseiller militaire.
Il réunit 25.000 hommes et marche sur Carthagène, la base arrière d’Hannibal. Ses troupes investissent la ville qu’ils pillent en tuant tout ce qui vit. Ceci fait, en bon administrateur, il relâche tous ceux qui n’ont pas été trucidés, les renvoie chez eux, et les invite à « garder le souvenir de sa bienveillance ». 2.000 ouvriers qui travaillent à l’arsenal sont regroupés, et il leur annonce « Vous êtes désormais la propriété du peuple romain ; ceux qui travailleront à ma satisfaction, seront remis en liberté lors de ma victoire » ce sur quoi, encadrés de contremaîtres romains, ils repartent à leur labeur.
Le goût du général pour les belles captives
Reste le problème des otages détenus par les Carthaginois ; là il va déployer son charme de Romain éduqué. Il embrasse les enfants, réconforte les matrones, fait des cadeaux aux jeunes filles et refuse précisément une jeune fille, que ses soldats lui amènent, connaissant les goûts du général pour les belles captives. Passant aux choses sérieuses, il envoie son fidèle ami Laelius à Rome avec dix-sept sénateurs carthaginois prisonniers.
Il laisse Hasdrubal Barca se diriger vers les Pyrénées, car son idée est de balayer les Carthaginois de l’Ibérie : moins il y aura de soldats plus facile sera la tâche. L’armée de Scipion compte à présent 48.000 hommes. Il apprend qu’Hasdrubal (un autre Hasdrubal), a proposé sa fille Sophonisbe une beauté carthaginoise, à Syphax concurrent de Massinissa. Scipion envoie Laelius à Syphax avec de précieux cadeaux. Syphax les accepte mais élude les avances romaines et déclare qu’il en parlera avec Scipion directement. La capitale de Syphax, Siga, se trouve sur le sol africain, en face de Carthagène. Scipion s’y rend en bateau et se retrouve dans le port avec Hasdrubal qui arrive aussi. Syphax les invite tous deux à diner, et les installe même sur le même lit. Scipion est si brillant causeur, qu’Hasdrubal confie à son commensal « Je le redoute encore plus en conversation, que sur le champ de bataille ». Néanmoins Scipion repart avec une alliance avec Syphax. Là, il va manœuvrer le sénat où il compte des amis, mais aussi des ennemis irréductibles.
La continence de Scipion
Gerbrand Van den Eeckhout – Palais des Beaux Arts, Lille
Photo Ojeda - Le Mage, RMN
Et le sénat du bout des lèvres accorde ce qui suit : Scipion garde la Sicile, et on l’autorise à passer en Afrique « s’il le juge utile aux intérêts de l’Etat », mais on ne lui accorde pas l’autorisation de lever des troupes. S’il a besoin de soldats, il n’aura qu’à en recruter à ses frais. C’est nouveau, mais Scipion accepte ces conditions invraisemblables – le sénat ne supporte pas les frais de l’entreprise et évite toute responsabilité en cas d’échec – et commence à recruter des volontaires. Il faut noter un fait sans précédent dans l’histoire de la république ; le duel des deux empires, qui va s’ouvrir sur le sol africain est le fruit de son initiative privée, menée à ses propres risques et périls. Travaillant comme un forcené, il organise la formation d’une armée de 10.000 fantassins et 2.000 cavaliers, la présente à la commission du sénat venue inspecter ses travaux et se prépare à embarquer. Un envoyé de Syphax lui apprend que ce dernier est dorénavant marié à Sophonisbe – fille d’Hasdrubal - et qu’il dénonce son accord avec Rome. C’est un mauvais coup pour Scipion, d’autant que Sophonisbe outre sa beauté, est très intelligente, et collaboratrice zélée de son père. Syphax amoureux fou de la belle n’est pas près de revenir dans le giron romain.
L’incendie du camp
Giulio Romano – Musée du Louvre, Paris
Photo RMN
Scipion débarque et presse son allié Massinissa de bloquer le port d’Utique, car il lui faut un port pour acheminer ses renforts, et ses approvisionnements. Carthage envoie 4.000 cavaliers qui, enveloppés par Massinissa et la cavalerie romaine sont annihilés, leur chef fait prisonnier. Puis il va s’occuper de Syphax. Son camp est incendié de nuit, les rescapés brûlés et presque sans armes se trouvent nez à nez à nez avec l’armée romaine qui les attend. 40.000 hommes y laissent leur vie, 5.000 sont fait prisonniers, Hasdrubal qui se trouvait dans le camp et Syphax parviennent à s’enfuir. Syphax veut jeter l’éponge, mais son beau-père aidé de sa fille arrive à le faire changer d’avis et un mois après ce désastre, une armée mixte de 40.000 hommes, composés de Carthaginois, Numides et Espagnols, campe dans les Grandes Plaines.
Cette belle armée est défaite par Scipion et le couple Hasdrubal Syphax s’enfuit de nouveau. Scipion occupe Tunis en 203. Syphax rameute une nouvelle armée et se heurte aux Romains qui massacrent ses hommes et le font prisonnier. Il est traîné devant Laelius, et Massinissa, fou de joie, obtient de l’emmener devant sa capitale Cirta. Arrivé devant les portes, il ordonne qu’on les ouvre. Refus des autorités ; il montre Syphax enchaîné et les portes s’ouvrent. Massinissa fonce et trouve Sophonisbe sur le seuil du palais. Elle se jette à ses genoux et l’implore d’une voix caressante de lui sauver la vie. Notre Numide éperdu d’amour, se marie sur le champ. Arrive Laelius qui fou de rage emmène Massinissa devant Scipion. Scipion écoute d’abord Syphax qui met tout au compte de Sophonisbe qui l’a « envoûté, ses charmes empoisonnés ayant altéré sa raison » et il souhaite bien du plaisir à ce jeune étourneau qui a pris sa suite.
La femme du vaincu devient une propriété romaine
Le général romain écoute silencieusement les plaintes du vieux mari et tirant à part Massinissa, lui déclare que Syphax est vaincu ; par conséquent, tout ce qui appartenait à celui-ci est devenu propriété romaine y compris sa femme. « Triomphe donc de toi-même et garde-toi de ternir tant de services par une seule faute ». Massinissa a compris. Il appelle un esclave et lui tend un breuvage empoisonné qu’il devra remettre à Sophonisbe en lui disant : « Massinissa, obligé de céder à une autorité supérieure à la sienne, tient la seconde parole qu’il t’a donnée, celle de ne pas te livrer vivante au pouvoir des Romains ». Sophonisbe écoute impassible le message de son nouvel époux, reçoit la coupe sans aucun signe d’émotion et la vide. ». Nous sommes en 202 et c’est alors qu’une députation de sénateurs carthaginois vient implorer son pardon. En fait, Carthage cherche à gagner du temps pour faire revenir Hannibal du Bruttium dans lequel il patauge. Scipion ne se laisse pas circonvenir et fixe des conditions relativement clémentes, puis les renvoie devant le sénat romain pour les faire entériner. La délégation est congédiée sans avoir conclu la paix. Cet échec est sans gravité, car Hannibal le dernier espoir de Carthage, vient d’arriver sur le sol africain.
Tenture de l’histoire de Scipion – La bataille de Zama
Giulio Romano – Musée du Louvre, Paris
Photo Daniel Arnaudet, RMN
Hannibal débarque avec des troupes usées, vieilles et fatiguées. De plus, il ne rentre pas dans sa patrie. Il l’a quittée à l’âge de neuf ans et elle ne lui a jamais donné l’aide qu’il réclamait pour vaincre totalement la république romaine. Il débarque à Leptis Minor à l’est de Carthage et se dirige vers Hadrumète négligeant de paraître à Carthage. Hasdrubal – Sophonisbe est morte et il ne sert à rien à présent - contraint à l’exil, se joint à lui et ils commencent à recruter une armée. Scipion rencontre Hannibal et les deux grands capitaines restent un instant muets face à face, chacun admiratif de la valeur de l’autre. L’entretien est cordial, mais Scipion fait comprendre à Hannibal que l’avenir de Carthage doit se régler sur le champ de bataille, et ils séparent. Le lendemain à l’aube – octobre 202 -, ils mènent leurs armées au combat. Scipion aligne 30.000 hommes, plus 10.000 Numides de Massinissa ; Hannibal aligne 50.000 hommes et quatre-vingts éléphants.
La panique des éléphants crée le chaos chez les Carthaginois
Scipion prononce l’ « allocutio » (harangue aux soldats) à cheval en passant dans leurs rangs ; Hannibal de son côté fait de même, mais sans beaucoup d’enthousiasme, car ses troupes sont disparates. Hannibal donne le premier l’ordre de marche et envoie ses éléphants. Ces derniers tout justes dressés, et pas encore habitués au bruit assourdissant des trompettes, prennent peur, et se jettent sur leurs propres troupes. Laelius et Massinissa, profitent de ce chaos et donnent l’assaut. La bataille est longtemps indécise et Scipion frôle le désastre. C’est Laelius et Massinissa qui le sauvent en rééditant l’enveloppement des ailes par la cavalerie. Quatorze ans après la bataille de Cannes, la bataille de Zama efface la honte de la défaite romaine. Hannibal s’enfuit à Carthage annoncer le désastre.
La clémence de Scipion
Collection Lemme – Musée du Louvre, Paris
Photo Rocca Michèle, RMN
Une députation de sénateurs revient vers Scipion implorer son pardon, et lui demander ses conditions. Elles sont plus dures que les précédentes, il leur accorde un armistice le temps d’aller à Rome discuter de ces conditions. Elles sont entérinées par le sénat qui charge Scipion d’en surveiller l’exécution. Scipion reçoit le privilège d’accoler à son nom de famille celui d’Africanus – l’Africain – (on prend l’habitude d’ajouter à son nom, Africanus major, afin de le différencier de l’autre Scipion Emilien qui reçut aussi le surnom d’Africain). Il retourne à Carthage, fait rapatrier les 4.000 Romains prisonniers, fait mettre en croix les déserteurs, envoie les éléphants à Rome, brûle la flotte carthaginoise – cinq cents vaisseaux de guerre – et fait le compte du trésor amassé : il y en a pour 133.000 livres. Puis il rentre en Italie au milieu de la liesse populaire. Il laisse le souvenir d’un homme bienfaisant, magnanime, intelligent et tempérant.
En 199 il est nommé censeur, puis élu consul pour la deuxième fois en 194. Il part avec son frère Scipion « l’Asiatique » faire la guerre à Antiochos III de Syrie de 193 à 190. Il y retrouve Hannibal qui est devenu conseiller militaire de ce monarque. Antiochos est battu par deux fois et Hannibal s’enfuit pour éviter d’être livré aux Romains. A son retour à Rome, Scipion se trouve en butte à l’hostilité des conservateurs, menés par Caton l’Ancien qui lui reprochent d’avoir gaspillé à son profit les indemnités de guerre. Un procès est intenté contre lui, il ne daigne pas venir s’expliquer devant ses juges, et s’exile en Campanie jusqu’ à sa mort qui survient en 183. Il est âgé de 52 ans.
Sétif, Ruines romaines
Selon ses dernières volontés, il ne reposera pas en Italie mais dans la capitale de la Numidie sétifienne. L’épitaphe de son tombeau en dit long sur ses pensées :