La guerre est une barbarie quand on attaque
un voisin paisible ;
c'est un devoir sacré
quand on défend la patrie.
Guy de Maupassant
Une patrie se compose des morts qui l'ont fondée aussi bien que des vivants
qui la continuent.
Joseph Ernest Renan .
Braves devant l'ennemi, lâches devant la guerre, c'est la devise des vrais généraux. La Guerre de Troie
n’aura pas lieu
Les
grandes batailles
Major battles
Vercingétorix : Le siège d'Alésia
Ou le triomphe de la technique et de la discipline...
Vercingétorix, le chef charismatique des Gaulois ne commande pas en chef incontesté, car les Gaulois sont divisés en tribus de traditions disparates qui ont un semblant d’unité grâce au corps des druides dont le savoir oral, maintient une cohésion de pensée contre l’envahisseur romain. Le druide Diviciacos mène la faction de la collaboration avec les Romains qu’il connaît mieux que personne. Il a été reçu à Rome, il connaît Cicéron, et a même été l’hôte du Sénat romain.
Gaulois chassant un taureau sauvage
Photo François Vizzavona RMN
Mais pourquoi les Romains s’intéressent-ils tant à ce pays ? La Gaule, c’est le pays de l’abondance. Une terre fertile exploitée avec ingéniosité et une science sans égale dans le monde d’alors. Le Gaulois fait figure de technicien averti, que même Pline l’Ancien cite en modèle. Ils se servent d’une charrue qui retourne la terre au lieu de la fendre uniquement, comme l’araire romaine démodée. Ils savent amender leurs terres, ils savent engraisser les porcs et les oies. Ils sont passés maîtres en fabrication de salaisons. Ils acclimatent les ceps de vigne romains et produisent bientôt un vin que les gastronomes romains paieront à prix d’or pour leurs banquets. Pays du bon vivre et du bien-manger, la Gaule n’est pas seulement cela. Leurs ateliers de verrerie, produisent gobelets, flacons, vase à parfums. A Bibracte, on forge des épées, des boucliers et des poignées d’épées qui sont de véritables œuvres d’art. Ils savent plaquer l’étain ou même l’argent sur le cuivre. Leurs bijoux sont de très belle facture. Ils ne sont pas seulement artisans, mais mineurs de fer, de cuivre et d’or. Mais ils ne connaissent pas l’écriture ni la musique, et encore moins les arts plastiques.
L’indiscipline des Gaulois causera leur perte
On comprend que les Romains aient flairé une proie facile, d’autant que ces Gaulois – ce qui est un terme générique – sont aux yeux de ceux-ci, qui viennent d’un état centralisé ou le moindre légionnaire a son numéro matricule, où le moindre champ est porté sur le cadastre, un chaos de clans et de peuplades qui constitue la Gaule « chevelue ». Rien de stable, rien d’unifié entre cette soixantaine de peuples. Si ce n’était que cela, ce serait négligeable, mais les rapports entre eux sont complexes. Ils dépendent d’un réseau de liens où parentés et clientèles s’enchevêtrent ; où la femme gauloise joue un rôle qui paraît inouï aux Romains.
La nuit d'été - Esquisse pour une scène de Kalevala
Photo : François Vizzavona - RMN
Rien de plus tumultueux que ces assemblées qui réunissent les hommes libres de la Gaule. Braillards et fiers à bras, dépourvus de sang froid, les orateurs se succèdent. Un succès leur monte à la tête, un revers les abat. Vercingétorix doit calmer les rodomontades des uns et regonfler les énergies défaillantes des autres.
La pénétration de l’armée romaine se produit aux environs de 58 avant J.C. Une armée de 40.000 hommes avec une cavalerie peu fournie va batailler, gagner et perdre des batailles sous le commandement de Jules César son généralissime. Jusqu’à ce qu’elle isole l’armée gauloise qui est sous les ordres du fédérateur Vercingétorix (de son vrai nom Dago). 240.000 fantassins et 8.000 cavaliers sont refoulés sur l’oppidum d’Alésia en 52 avant J.C. ; (non loin de l’actuel village d’Alise Sainte Reine). César qui a perdu 700 hommes à Gergovie qu’il n’a pu conquérir, veut se venger. Il fait creuser tout autour de l’oppidum une double circonvallation, l’une tournée vers les assiégés pour leur interdire toute sortie, l’autre pour se défendre d’une attaque éventuelle de l’armée de secours qui est en gestation. Des fossés accueillent cinq rangées de cippes, qui sont des pieux très aiguisés qui ne dépassent que de 10 centimètres le bord de la tranchée. Il y a aussi huit rangs de pieux durcis au feu enterrés et quasiment invisibles pour un assaillant. Ce dispositif est complété par des lis, un crochet de fer aiguisé enfoui dans le sol. César oblige l’armée à se munir de blé et de fourrage pour trente jours. Avant que ces travaux ne soient finis, le chef gaulois fait partir sa cavalerie, – déjà sévèrement étrillée par la cavalerie germaine de César – qui ne lui sert à rien dans cette guerre de position. L’armée romaine, ses travaux finis, il n’a plus qu’à attendre tranquillement que la faim, la soif et le découragement se saisissent des Gaulois.
Une formidable armée de 230.000 Gaulois va affronter 70.000 Romains
A l’appel de Vercingétorix, les cités gauloises vont fournir des contingents pour l’armée de secours, qui doit desserrer l’étau romain autour d’Alésia. Parmi celles-ci on remarque que les Eduens, Ségisiaves, Aulerques, Branovices, fournissent 35.000 hommes, Les Arvernes 35.000 hommes, les Eleutètes, les Cadurques, les Gabales, Sénon, Bituriges, Santons, Rutènes et Carnutes 12.000 hommes. Les Pictons 8.000 hommes, les Parisii, les Helvètes, les Ambiens, les Mediomatrices, les Morins, les Nitobroges 5.000 hommes. Les Aulerques 5.000, les Atrébates 4.000, les Véliocasses 3.000, les peuples armoricains en fournissent 20.000. Les Bellovaques et leurs 10.000 guerriers, ne fournissent rien car ils prétendent faire la guerre à César à leur convenance et n’obéir aux ordres de personne. Nous avons donc une armée d’environ 80.000 hommes enfermée à Alésia et une armée de secours d’environ 150.000 hommes qui converge vers le même point. Les Romains à ce moment ne sont guère plus de 70.000, César est assiégeant certes, mais aussi assiégé, et le rapport de force est de 1 contre 3 en faveur des Gaulois.
Le siège d'Alésia
Si l’armée gauloise assiégée va se retrouver peu à peu en proie à la famine, les Romains doivent, pour trouver des vivres et du fourrage, aller de plus en plus loin et se heurter à des patrouilles gauloises. Ils vont être aussi d’ici peu, réduits à la portion congrue. L’armée de secours est commandée par Comm l’Atrébate, Viridomare et Eporédorix les Eduens, Vercassivellaunos l’Arverne (qui n’est autre que le cousin de Vercingétorix). Sur l’oppidum assiégé, la situation est débattue en conseil. Le discours de Critognatos nous est parvenu via les Commentaires de César (preuve qu’il y avait des fuites). Il fait une analyse de la situation, et préconise une sortie guerrière, même si elle est suicidaire plutôt que de se laisser mourir de faim et égorger par les légionnaires. Un Gaulois ne meurt pas de faim, mais au combat !! L’assemblée décide d’expulser d’Alésia toutes les bouches inutiles en premier lieu.
L’affrontement et la défaite
Les épouses des soldats et leurs enfants, les esclaves, les habitants de la ville avec les vieillards et les malades sont poussés hors des palissades et envoyés vers les Romains. Beaucoup meurent dans les pièges et ceux qui arrivent devant les retranchements sont abattus par les archers. De toute façon, les Romains n’ont pas de quoi les nourrir. Ces malheureux mangent de l’herbe et disparaissent les uns après les autres, leurs plaintes s’éteignent peu à peu. Un silence, troublé par les croassements des corbeaux qui font bombance s’installe sur les lieux. Sur ces entrefaites, la troupe de secours arrive et s’établit à mille pas des fortifications romaines. Le lendemain, vers midi, les troupes gauloises de secours s’établissent sur les collines avoisinantes, et leur cavalerie couvre la plaine des Laumes. Les assiégés jettent des passerelles sur les fossés ou les comblent et s’apprêtent à passer à l’attaque. Sous les clameurs, les deux armées s’affrontent dans cette plaine jusqu’au soir sans que la victoire penche d’un côté ou de l’autre. C’est alors que la cavalerie germaine de César intervient et balaie les Gaulois fatigués. Les assiégés font demi-tour et rentrent dans Alésia dont la situation n’a guère changé.
Prise d'une ville par Cesar
Le lendemain, l’armée de secours organise une attaque nocturne en faisant beaucoup de bruit pour inviter les assiégés à faire de même. Le problème est que de nuit les assaillants ne peuvent déceler les cippes et les lis et s’y empalent par centaines. Approchant des palissades, ils sont décimés par les javelots de siège. Les assiégés prennent du retard pour sortir de leurs enceintes et au lever du jour le terrain, des deux côtés des palissades romaines, est jonché de morts et d’agonisants. Les Gaulois ne se tiennent pas pour battus car ils ont éliminé un bon millier de Romains. Vercassivellaunos prend la tête de 60.000 hommes, et à la faveur de la nuit suivante se porte sur le point faible des défenses de César. Là, il fait reposer ses troupes, et vers midi il s’approche du camp mal fortifié des Romains, tandis que la cavalerie effectue une diversion devant les palissades déjà attaquées. Vercingétorix fait une sortie et la bataille devient générale. Cette bataille doit conclure la guerre, les Gaulois doivent percer les défenses de Rome et les Romains doivent l’emporter pour voir la fin de la campagne. César envoie son légat Caïus Fabius avec trente neuf cohortes, prend à revers les troupes de Vercassivellaunos et les met en déroute. Le Lémovice Sédullus est tué et le cousin de Vercingétorix est pris vivant. Les troupes assiégées qui combattent sous les palissades – qu’elles n’ont pas réussi à franchir – voyant ce désastre, s’enfuient, et retournent à Alésia. Les troupes de secours en proie à la panique, se débandent aussi, et rentrent dans leurs foyers.
Le triomphe romain
Le lendemain, Vercingétorix convoque un conseil de guerre, et déclare aux chefs présents, qu’il n’a pas déclenché cette guerre pour des motifs personnels, mais pour conquérir la liberté de tous. Il s’offre à eux pour être livré à Jules César, et ainsi apaiser son courroux. La députation gauloise revient avec les conditions de César : Toutes les armes seront remises, les chefs de guerre devront se rendre en amenant leur général. César s’installe sur son siège devant le camp, et les chefs gaulois s’avancent avec Vercingétorix muni de ses plus belles armes. Ce dernier ne peut s’empêcher une dernière bravade devant César en jetant ses armes et en prenant une posture jugée orgueilleuse et déplacée par César. Il est courbé de force, chargé de chaînes et envoyé à Rome pour figurer dans le triomphe qui attend le général romain.
Vercingétorix se rend à César
Les soldats gaulois sont distribués comme esclaves à chacun des légionnaires à l’exception de 20.000 Eduens et Arvernes qu’il renvoie dans leurs foyers afin de se concilier les bonnes grâces de leurs peuples.
Camille Jullian devait dire : « Ils allaient à la liberté comme à une magnifique aventure ».