La guerre est une barbarie quand on attaque
un voisin paisible ;
c'est un devoir sacré
quand on défend la patrie.
Guy de Maupassant
Une patrie se compose des morts qui l'ont fondée aussi bien que des vivants
qui la continuent.
Joseph Ernest Renan .
Braves devant l'ennemi, lâches devant la guerre, c'est la devise des vrais généraux. La Guerre de Troie
n’aura pas lieu
Les
grandes batailles
Major battles
Titus F. Vespasien
BIOGRAPHIE
Titus Flavius Vespasianius voit le jour à Réate en l’an 7 après J.C., d’un père publicain.
Il est donc issu de la plèbe. Sous le principat de Caligula, il accède à l’édilité puis à la prèture. Il commande une légion en Germanie, puis sous Claude, il part en Bretagne (Grande Bretagne), exercer un commandement, sous l’autorité de Aulius Plautus. Vespasien déteste ce pays pluvieux et brumeux, où l’on contracte rhumatismes et toux persistantes. Il n’aime pas davantage les peuplades icènes peintes en bleu qui adorent lire le futur dans les entrailles des légionnaires qu’ils capturent. Mais en soldat de la république, il s’acquitte avec ponctualité et bon sens de sa charge. Il sera bien le seul officier romain à essayer de comprendre et d’apprécier les mœurs de ces sauvages. Il saura « retourner » avec son humour paysan, quelques druides pour enseigner à leurs ouailles les bienfaits de la civilisation romaine.
Son supérieur ayant obtenu le triomphe pour ses actions, Vespasien à son tour, aura cet honneur. Il est nommé consul sous Néron (appelé pendant ses vingt premières années, « le délice du genre humain »). Néron considère Vespasien comme un militaire obtus et inculte ; ce qui est à l’époque un gage de survie, car il ne fait pas bon de trop briller devant Néron. Hermétique aux vocalises, déclamations et autres concerts de cithare de son empereur (il a osé bailler lors d’une séance théâtrale), celui-ci l’expédie comme proconsul en Afrique. Puis il est envoyé en Judée pour mater un énième soulèvement de la population juive.
Le triomphe de Titus et Vespasien
Giulio Romano - Musée du Louvre, Paris
Photo Franck Raux, RMN
C’est une guerre sanglante faite de coups de main, d’embuscades et de représailles. Pas de bataille rangée, où la puissance des légions pourrait régler le problème ; les légionnaires enragent de ne pouvoir saisir cet ennemi à la gorge, l’histoire de Jérusalem est écrite par un juif collaborateur, Josèphe (la guerre juive), qui par pure flagornerie, accolera à son nom le patronyme de Flavius. Vespasien passe de la Bretagne humide à la chaleur du désert de Judée ; en tout cas il ne souffre plus de ses rhumatismes, mais ses légionnaires maudissent tout autant ces juifs fanatiques. Il investit méthodiquement le pourtour de la ville, et cherche les souterrains qui permettent aux assiégés de garder le contact avec l’extérieur ; pour information, les légionnaires découvriront trois entrées de souterrains sur une bonne centaine qui ont été creusés.
De temps à autre, une sortie de ces zélotes enragés, permet de capturer quelques légionnaires qui finissent pendus aux créneaux de la muraille de Jérusalem. Ils ne sont pas seuls ces zélotes, car ils ont recruté à prix d’or des mercenaires parthes dont les flèches font de nombreuses victimes.
Combat contre les Zélotes
Dans le même temps il expédie quelques légions pour chasser les zélotes qui occupent une forteresse au dessus de la mer morte : Massada !! Celle-ci ne tombera que bien après la chute de la capitale.
Il désespère d’enlever Jérusalem qui est déjà une grande ville pour l’époque avec près de 60.000 habitants, quand Néron disparaît. Trois empereurs vont se succéder la même année (quatre, si on compte le coup d’état du jeune Domitien, commis au détriment de son père). Galba, Othon et Vitellius se succèdent sur le trône d’Imperator, avant de finir tous assassinés. Le dernier, Paulus Vitellius était tellement dépravé que son père n’avait même pas voulu en faire un proconsul. Les troupes en révolte acclament Vespasien comme empereur en Août 69, et donnent l’ordre aux légions de Pannonie et de Mésie de faire de même. C’est chose faite, et lors de son séjour à Alexandrie – où Grecs et Juifs viennent de se massacrer avec entrain - il tient à renouveler les accords commerciaux, précieux pour l’approvisionnement en blé de Rome, il s’embarque pour Ostie, laissant son fils Titus terminer la prise de Jérusalem.
Vespasienne de la rue de la Sablière, à Paris
Marcel Bovis, distribution RMN
Vespasien rentre dans un pays ravagé par la guerre civile, où il va devoir mettre de l’ordre. Son bon sens paysan, sa probité et son absence de scrupules vont lui permettre de mener à bien toutes les réformes nécessaires. Il rétablit l’autorité de l’Etat, les finances et les armées. Il réforme le sénat, la justice et les conditions d’accès à l’ordre équestre. Sur ce dernier point il se rappelle des difficultés, qu’il a eues lui-même pour payer le cens annuel, afin de pouvoir conserver son titre de chevalier. Il modifie l’accès à la condition de patricien, mais tous se moquent de son avarice. Par exemple, un jour où Vespasien et ses proches parlent des funérailles nationales d’un Imperator, il demande le coût d’une telle cérémonie. Un des présents annonce « trois cent mille sesterces ». Vespasien leur dit « c’est bien, donnez moi cent cinquante mille tout de suite, et jetez mon corps dans le Tibre quand je mourrai ». Toujours à court de liquidités il doit faire l’élevage de mules pour les armées et plus tard pour renflouer le trésor public il va inventer l’obligation d’uriner dans des tonneaux placés à des endroits stratégiques. Cette obligation est assortie d’une amende pour ceux qui urinent ailleurs et d’un péage pour ceux qui urinent à l’endroit désigné. - Il laissera son nom aux célèbres vespasiennes – Non content de cela, il revend l’urine recueillie aux foulons qui tannent les peaux (l’ammoniac indispensable au tannage des peaux à l’époque, ne peut être produit que de cette manière).
Vespasien faisant élever le Colisée à Rome
Gabriel Blanchard – Château de Versailles
Photo RMN
Son fils Titus qui le rejoint après la prise et la destruction de Jérusalem, s’indigne de ces procédés « grossiers ». Vespasien, sort un sesterce de sa toge, et le fait renifler à son fils en lui demandant s’il sent quelque chose. Non, répond Titus. « Bien, tu vois l’argent n’a pas d’odeur » lui dit son père. Il élève l’Arc de Titus en l’honneur des exploits de son fils, fait construire le Colisée en 75, le temple de la Paix en 71-75, réparer et construire de nouveaux aqueducs, réforme la charge d’aquarius (ingénieur chargé de l’entretien et des réparations sur les aqueducs de l’Etat). Lui qui était assez frustre dans sa culture générale, va favoriser les arts et les belles lettres. Il consolide les frontières de l’empire, Agricola remet de l’ordre en Bretagne où les tribus icènes se sont soulevées sous la conduite de la reine Boadicée. Il réduit dans le sang la révolte gauloise menée par Civilis en 70.
L’empereur Vespasien
Ecole italienne - Château de Versailles
Photo RMN
Puis fatigué de sa vie mouvementée, Vespasien aspire au repos, et sentant sa fin proche, demande qu’on l’habille. Cela fait, il déclare « un empereur doit mourir debout » (Decet imperatorem stantem mori) et en matière de plaisanterie il conclut « Vae, puteo deus fio » (Malheur ! Je crois que je deviens Dieu !). Il rend son dernier soupir debout, le 23juin79, à Aqua Cutiliae, soutenu par ses proches en larmes.
Avec Jules César, c’est l’imperator qui a œuvré le plus pour son pays, sans jamais verser dans l’extravagance ni la cruauté gratuite.