La guerre est une barbarie quand on attaque
un voisin paisible ;
c'est un devoir sacré
quand on défend la patrie.
Guy de Maupassant
Une patrie se compose des morts qui l'ont fondée aussi bien que des vivants
qui la continuent.
Joseph Ernest Renan .
Braves devant l'ennemi, lâches devant la guerre, c'est la devise des vrais généraux. La Guerre de Troie
n’aura pas lieu
Les
grandes batailles
Major battles
VESPASIEN : Prise de Jérusalem
De nombreux auteurs grecs, romains et juifs ont largement commenté la prise et la destruction de Jérusalem en 70 après Jésus Christ par les troupes de Titus, fils de Vespasien. C’est ce dernier qui a commencé les travaux d’encerclement de la ville, puis, ayant été proclamé empereur par ses troupes, a cédé le commandement à son fils.
Prise de Jérusalem par Nabuchodonosor
Marc Chagall, Musée national de Nice
Photo Gérard Blot, RMN
Le temple de Jérusalem détruit par les armées de Titus, est en fait la deuxième reconstruction de l’édifice. La première destruction date de l’an 586 av. JC par Nabuchodonosor II qui rase la ville et déporte ses habitants à Babylone. Cyrus II, le Perse, libère les esclaves juifs et les renvoie à Jérusalem, où il autorise la reconstruction de la ville et son temple en 538, ce qui est terminé en 516. Jérusalem est alors la capitale du royaume de Judée, jusqu’à l’invasion des troupes romaines dirigées par Pompée en 63 av. JC.
Selon un système bien au point, les Romains trouvent un collaborateur pro romain qui va gérer sous leur direction le pays. C’est Hérode 1er « le Grand », un arriviste sans scrupules, cruel et despotique, cordialement haï par toutes les factions juives du royaume. Il va liquider les vestiges de la dynastie des Asmonéens, et créer un état vassal de Rome, le royaume de Judée.
Il se tourne résolument vers une urbanisation à la romaine de sa ville, et entame de grands travaux de rénovation de celle-ci. La reconstruction du temple est terminée aux alentours de l’an 63 apr. JC. Il ne reste que cinq ans de tranquillité à la ville.
Jérusalem, vue de la vallée du Josaphat
Louis de Forbin, Musée du Louvre, Paris
Photo Jean-Gilles Berizzi - RMN
Le royaume est partagé en trois factions : les Pharisiens qui s’accommodent de l’occupation romaine, les Zélotes qui transportent les braises ardentes d’une foi inflexible, dans leurs manteaux en poils de chèvre, et les Esséniens (dont fait partie la famille de Jésus) qui se tiennent à l’écart du tohu-bohu, mais aident en sous-main les Zélotes, tout en réprouvant leurs méthodes sanguinaires. La vie dans le royaume de Judée n’est pas simple à comprendre par un Romain, fût-il fin lettré, d’autant qu’aux factions juives, se surajoutent les juifs chrétiens. La situation se complique encore avec monothéisme intransigeant des religieux de toute confession. Ils abhorrent les statues et effigies romaines, ainsi que les dieux romains – extrêmement nombreux – qui représentent à leurs yeux l’évocation de l’enfer qui attend les « gentils » lorsqu’ils seront trucidés. C’est justement à propos de sacrifices dus à la divinité de Néron, que ces Zélotes prennent le mors aux dents. Eléazar fils du grand prêtre Ananias, qui est accessoirement chef de la police du Temple décide de ne plus sacrifier à l’Empereur. Le procurateur de la Judée, un certain Gessius Florus, accusé de détournement de fonds, finit par appeler l’armée pour mater cette rébellion qui s’amplifie.
Murailles de Jérusalem
D’escarmouches en assassinats, de représailles en exécutions, la tension monte, et le soulèvement général est mené par les Zélotes en Août 66. Ils nettoient la ville des éléments « indésirables », notamment les grands prêtres et quelques pharisiens imprévoyants qui n’ont pas vidé les lieux assez vite. Une armée conduite par Vespasien (avec Titus qui commande une légion) se présente devant la ville en 67. Le siège va durer deux ans, durant lesquels, les deux protagonistes ne vont pas se ménager. Les Romains alignent environ 80.000 hommes (dont une partie va se diriger vers Massada) ; les juifs 24.000 combattants. Concernant ces derniers, il faut noter qu’ils se sont fait une guerre sans merci entre eux, il y a de cela quelques années seulement. Ils obéissent à trois chefs : Eléazar Ben Simon qui tient la cour intérieure du Temple, Simon Bar Gioras qui tient la ville haute et une partie de la ville basse et Jean de Giscala qui tient le Mont du Temple. Ces gens se regardent de travers et au besoin s’entretuent sans vergogne. Tacite note qu’entre eux « ce n’est que trahisons, combats et incendies ».
L’Assaut de Jérusalem
Ambroise Dubois, Château de Fontainebleau
Photo Gérard Blot – RMN
Vespasien fait occuper la montagne qui domine la ville, la 15ème légion se poste à l’Orient, la 5ème vers les remparts les plus élevés au nord, la 10ème entreprend de combler les fossés de pierres et de terre, et de niveler le terrain afin de pouvoir faire avancer les machines de siège sans encombre. Il fait construire à cet effet trois tours de siège (appelées hélépoles), et deux énormes béliers qui vont battre les murailles. Aux premières lueurs de l’aube, les cors et les buccins lancent l’énorme armée, qui s’avance protégée par les tirs des scorpions et des balistes. Sous une pluie de javelots, de flèches et de blocs de pierre, les Romains montent à l’assaut, investissent les remparts, et se répandent dans la ville. C’est alors que se produit ce qui a déjà eu lieu lors de la prise de Carthage ; les maisons accolées les une aux autres s’écroulent sous le poids de leurs habitants qui se sont réfugiés sur les toits. Les gravats pleuvent sur les légionnaires, les empêchant de progresser rapidement. La poussière règne sur la bataille et personne ne peut plus distinguer les amis des ennemis. Les Romains sont repoussés avec des pertes sensibles.
Le général passe la main à son fils, et part vers son destin d’imperator en 68. Vespasien élu par les légions quitte l’Orient pour prendre ses fonctions à Rome. Il laisse à Titus le soin d’enlever la ville et de piller ses richesses. Ce dernier est assisté par un juif renégat Tibère Alexandre, ancien procurateur de Judée. Il peut faire venir ses renforts par le port de Césarée, où les Grecs ont massacré tous les juifs.
Destruction de Jérusalem par les Romains
François Heim, Musée du Louvre, Paris
Photo René Ojeda, RMN
Quelques citadins essaient de s’échapper de la ville promise à la destruction, par le côté le plus escarpé de la ville. Ceux qui ne s’écrasent pas au pied des murailles sont crucifiés devant leurs parents restés dans la cité. Les légionnaires sapent une tour qui s’écroule, entraînant dans sa chute les défenseurs. Ils en profitent pour attaquer et submerger cette partie des remparts. Simultanément Titus avec des cavaliers arrive à forcer une porte, et ses troupes se répandent dans la ville basse. La population et les défenseurs se replient vers la ville haute. Les légionnaires massacrent ceux qui ne sont pas enfuis ; le vent entraîne des nuages de poussière provenant des maisons qui s’écroulent l’une après l’autre. Tous les survivants (plus d’un millier de femmes et d’enfants), se retrouvent dans la citadelle, tandis que les Romains détruisent de fond en comble la ville basse.
La citadelle est quasiment imprenable ; ses assises sont solides. Les assiégés sont à court d’eau et de vivres mais disposent de l’arsenal qui a été installé là. Cela ne dure pas. En 70, les Romains apportent un bélier et défoncent la porte ; ils envahissent la tour et mettent à mort tous les défenseurs et les réfugiés qui n’ont pu se sauver par les souterrains. Plus de trois mille corps sont en putréfaction au bas des murailles.
Les soldats évadés se dirigent vers Massada qui tombera aussi. Pendant deux siècles, les juifs seront interdits de séjour en Judée.
Dante et Virgile aux Enfers
Eugène Deully – Palais des Beaux Arts, Lille
Photo Bernard Philipp, RMN
En conclusion, nous pouvons nous demander : que recèle donc cette région du globe pour fournir autant de prophètes, qui ont l’amour du prochain à la bouche - ce qu’ils semblent professer au premier abord -, mais qui vouent aux feux de l’enfer ceux qui ne croient pas en leurs paroles. Il y a là matière à réflexion sur une telle intransigeance religieuse qui conduit leurs peuples au chaos final.