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L’Ukraine frappe l’aviation Russe : Conséquences… Cessez-le-feu partiel ?

lundi 2 juin 2025 | Infos et Actualités

La Russie propose un cessez-le-feu partiel après un revers militaire embarrassant

Après le raid historique de drones ukrainiens contre sa flotte de bombardiers stratégiques, le Kremlin est arrivé en mauvaise posture aux négociations à Istanbul. Il a proposé un cessez-le-feu partiel et a convenu d’un échange de prisonniers.

La Russie aurait perdu au moins un sixième de sa flotte de bombardiers lourds à long rayon d’action TU 95, élément important de ses capacités de frappe sur l’Ukraine et, parallèlement, de sa triade de dissuasion nucléaire.

C’est une Russie sonnée par le raid incroyable de drones contre sa flotte de bombardiers, dimanche, qui s’est présentée au deuxième round de négociations avec l’Ukraine ce lundi à Istanbul.

Le Kremlin pensait pourtant arriver en position de force, en raison de son grignotage des positions ukrainiennes dans le Donbass, de ses raids massifs sur Kiev et, surtout, du fait que Donald Trump ne s’est pas, jusqu’ici, décidé à le sanctionner, la Maison-Blanche répétant qu’elle saura « dans deux semaines si Vladimir Poutine veut sérieusement la paix »… Comme tous les quinze jours depuis début avril.

Un raid historique

Las, les services secrets ukrainiens, SBU, ont mené dimanche une opération sans précédent dans l’histoire des conflits militaires, de nature à inquiéter d’ailleurs les états-majors de toutes les forces aériennes de la planète.

Sous le choc de l’opération mais aussi pour amadouer le président américain qui attend des progrès de ces échanges, la Russie a proposé lundi à l’Ukraine un cessez-le-feu partiel, après avoir refusé la proposition ukrainienne d’un arrêt des combats de trente jours. « Nous avons fait une proposition assez générale. Un cessez-le-feu concret pendant deux ou trois jours dans certaines zones du front », a déclaré Vladimir Medinski, le négociateur en chef russe, lors d’une conférence de presse à l’issue des discussions.

Lors d’un sommet réunissant des dirigeants des pays d’Europe centrale et orientale, ainsi que de Scandinavie de l’Otan, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a appelé lundi Donald Trump à adopter des sanctions contre la Russie pour la «contraindre» à un cessez-le-feu, accusant Moscou de ne chercher qu’une «courte pause» dans les affrontements. De son côté, le président américain est prêt à rencontrer Vladimir Poutine et Volodymyr Zelensky en Turquie, a indiqué la Maison-Blanche.
Une opération simple et complexe

Les informations diffusées par Kiev ou des analystes généralement bien informés précisaient lundi les contours de l’opération « Toile d’araignée », d’une complexité logistique extrême mais aussi relativement « rustique », ou du moins peu coûteuse. Une centaine de drones d’un coût unitaire de 450 dollars ont été acheminés clandestinement en Russie durant des mois avant d’être placés dans des camions. Ces derniers, conduits par des Russes ignorants ce qu’ils transportaient, ont été parqués à proximité de bases aériennes, parfois jusqu’à 5.000 km de profondeur en territoire ennemi.. Les drones ont frappé des dizaines de bombardiers stratégiques parqués à ciel ouvert.

Ces drones de type FPV (first person view) ont été pilotés, selon Kiev, via de simples téléphones portables par des agents secrets entrés en Ukraine juste avant le début de l’opération.

Dès dimanche, Kiev avait affirmé avoir, de manière coordonnée, frappé 41 avions au total : des Tupolev 95, bombardiers lourds au rayon d’action de plus de 10.000 km, des Tupolev 160, le plus lourd chasseur bombardier supersonique du monde, et des Tupolev 22. Kiev revendique avoir détruit, ou gravement endommagé, un tiers des avions russes capables de lancer des missiles de croisière.

Il faut augmenter le coût de la guerre pour la Russie

Il était confirmé par photo satellite, lundi matin, qu’avaient été détruits 8 des 55 Tupolev 95 de la Russie, sur la base de Belaya, en Sibérie orientale, à 4.300 km du front, et sur celle d’Olenya, à 1.800 km de la frontière ukrainienne. Un nombre indéterminé d’avions a été frappé sur la base d’Ivanovo, à 1.000 km du front (où un avion de transport Antonov 12 a aussi été frappé), ainsi que sur celle de Dyagilevo, à 500 km du front.

Un raid a échoué sur la base d’Ukrainka, en extrême-orient russe, où étaient stationnés 26 Tupolev 95. Une autre base a été frappée lundi à Borisoglebsk. La Russie a aussi perdu un rare avion d’observation Antonov 50, crucial pour coordonner son aviation et repérer les missiles et avions ennemis. Aucun de tous ces avions, sauf les Tupolev 160, ne pourra être remplacé car leur production a été suspendue en 1991.

L’embarras de Moscou

Les raids de dimanche ont touché une corde sensible à Moscou : ils ont détruit une proportion non négligeable des seuls bombardiers russes capables de lancer des missiles nucléaires, les Tupolev 95 et Tupolev 22, dont seulement 65 sont opérationnels.

Cette opération « aussi habile que celle des pagers piégés israéliens contre le Hezbollah », souligne Michel Duclos, conseiller à l’Institut Montaigne, a « mis en lumière la vulnérabilité de la composante aérienne de la triade (avions, missiles balistiques, sous-marins) de dissuasion nucléaire russe ». Un résultat « très désagréable pour le Kremlin, estime François Heisbourg, conseiller à l’International Institute for Strategic Studies (IISS), mais qui va devoir encaisser sans broncher. Personne ne peut croire que cela peut susciter une riposte nucléaire ».

Cet épisode « élève une nouvelle fois le seuil définissant les intérêts vitaux de la Russie et dégonfle encore le bluff nucléaire du Kremlin », souligne Michel Duclos.

Illustration, précisément, de l’embarras des autorités, la presse russe n’a presque pas évoqué l’attaque, conformément à la pratique dictée par le Kremlin. Seul Dmitri Medvedev, vice-secrétaire du conseil national de sécurité, a qualifié ces raids d’acte terroriste. Le Kremlin a reconnu laconiquement que « des avions ont pris feu ». Les blogueurs militaires, plus libres, eux, évoquaient un « Pearl Harbor » et appelaient à une revanche, notamment à coups de missiles nucléaires.

Seulement une heure de négociations à Istanbul

Si cette gifle à la Russie n’a pas fait dérailler la rencontre d’Istanbul, les discussions n’ont rien donné de substantiel. Elles n’ont d’ailleurs duré qu’une heure. Seul résultat, les deux parties ont convenu d’échanger leurs prisonniers de guerre grièvement blessés ou âgés de moins de 25 ans, sur le format « tous contre tous ». Un engagement comparable à celui pris, et réalisé à l’issue de la session de négociations du 16 mai, la première depuis celle ayant suivi de peu le déclenchement de la guerre en février 2022.

La délégation ukrainienne, qui avait rencontré auparavant des représentants allemands, français, italiens et britanniques, a reçu le mémorandum détaillant les exigences russes et annoncé qu’elle allait l’analyser. Elle a transmis une liste d’enfants kidnappés à libérer, a proposé à son homologue une nouvelle rencontre « entre le 20 et le 30 juin ».

Un tournant mineur

Michel Duclos, de l’Institut Montaigne, estime que « cela constitue un tournant, quoique mineur, dans la guerre, car les capacités de bombardements russes seront substantiellement réduites, alors que le plan du Kremlin était d’intensifier encore ses raids ».

Moscou avait tiré samedi la salve la plus massive, numériquement, depuis le début de la guerre, avec près de 500 drones Shahed iraniens. Elle s’apprêtait, selon un blogueur militaire russe de référence, à tirer des centaines de missiles de croisière supersoniques Kh 32, Kh 59, ou encore des Kalibr, ainsi que des missiles balistiques Iskander, pour obliger Kiev à mettre genou à terre. Si, pour François Heisbourg, conseiller à l’International Institute for Strategic Studies (IISS), cette opération « confirme l’agilité et l’inventivité des services spéciaux ukrainiens, elle ne change pas substantiellement les rapports de force militaires sur le terrain ».

Source : LesEchos.fr par Yves Bourdillon / Photos : Bombardier stratégique russe Tu-95MS – HANDOUT Russian Defence Ministry AFP
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Voir aussi : Sources et références…
https://www.lesechos.fr/monde/enjeux-internationaux/la-russie-propose-un-cessez-le-feu-partiel-apres-un-revers-militaire-embarrassant-2168528
https://fr.euronews.com/2025/06/01/40-bombardiers-russes-abattus-lukraine-mene-une-operation-dampleur-contre-laviation-russe
https://www.avionslegendaires.net/2025/06/actu/des-bombardiers-russes-tu-22m-backfire-et-tu-95-bear-detruits-dans-la-profondeur/

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