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OTAN : Un petit avion se faufile à travers les défenses aériennes de 6 pays de l’alliance…

mercredi 15 juin 2022 | Infos et Actualités

Un avion fantôme traverse six pays de l’Otan sans autorisation

Des chasseurs ont intercepté le bimoteur, mais ses occupants se sont volatilisés après avoir atterri sur une piste désaffectée en Bulgarie. Un périple incroyable.

Le périple est digne d’une aventure de James Bond. Le 8 juin, un petit avion bimoteur civil a réussi à se faufiler à travers les défenses aériennes de sept pays d’Europe, dont six membres de l’Otan, puis à se poser sur une piste désaffectée en Bulgarie, et ce malgré la mobilisation d’avions de chasse de trois armées différentes dans le contexte de la guerre en Ukraine toute proche. Aux commandes d’un vieux Piper Aztec, les intrus n’avaient pas déposé de plan de vol, avaient éteint leur transpondeur et n’ont répondu ni aux appels radio ni aux signaux visuels des avions militaires envoyés à leur rencontre. Ils se sont volatilisés.

Après son décollage, vraisemblablement depuis un aérodrome en Lituanie, l’appareil doté de six sièges et volant à basse altitude a rejoint puis survolé la Pologne sans être inquiété. Ce n’est que lorsque l’appareil était au-dessus de la Hongrie que l’alerte a été donnée : il a été intercepté et suivi par des chasseurs JAS-39 Gripen de l’armée de l’air hongroise. À son entrée en Roumanie, deux F-16 américains qui étaient déjà en patrouille ont pris le relais, jusqu’à l’arrivée de deux F-16 de la force aérienne roumaine.

La Bulgarie laisse filer l’avion

Malgré l’intervention d’au moins six avions de chasse, l’avion fantôme, qui a fait une brève incursion en Serbie avant de pénétrer en Bulgarie, a ensuite été libre de ses déplacements. En effet, l’armée bulgare n’a pas envoyé d’appareils à sa rencontre. Le ministre de la Défense bulgare, Dragomir Zakov, a assuré que l’appareil « n’avait à aucun moment constitué une menace envers la population » pour justifier cette décision, plus probablement liée à la météo et à l’état de délabrement de l’aviation de chasse bulgare qui ne dispose que d’une poignée de MiG et de Soukhoï de conception soviétique. L’hypothèse d’une collusion entre les autorités bulgares et les pilotes indélicats n’est pas non plus à exclure.

Durant son périple, l’avion s’est posé au moins deux fois sur de petites pistes afin de faire le plein de carburant, vraisemblablement grâce à des bidons embarqués et transférés manuellement dans les réservoirs lors de ces arrêts sauvages. Les occupants ont ainsi menacé le personnel de l’aérodrome de Hajdúszoboszló, dans l’est de la Hongrie, qui a prévenu la police. À l’arrivée de cette dernière, l’équipage aurait rembarqué en catastrophe et mis les gaz sans respecter les procédures de décollage.

Une affaire qui « ressemble à une opération bien montée »

L’appareil a finalement été retrouvé le 9 juin, abandonné sur un terrain d’aviation désaffecté, situé à une centaine de kilomètres des côtes de la mer Noire, laquelle semble avoir été l’objectif final de ces voyageurs de l’extrême. Tous les occupants de l’avion se sont volatilisés. L’immatriculation de l’appareil a permis de remonter jusqu’à son ancien propriétaire, un officier lituanien de réserve qui a déclaré avoir vendu l’avion quelques jours plus tôt à des hommes étrangers dont l’un parlait russe. Fabriqué en 1962 aux États-Unis et inutilisé depuis 2015, l’avion était proposé à 30 000 euros sur le site spécialisé Planecheck.com. Malgré l’importance de la somme, le vendeur assure qu’il ne se souvient pas du nom des acheteurs ni de celui de leur entreprise.

« C’est une affaire très louche, qui ressemble à une opération bien montée », réagit un pilote militaire français sous le couvert de l’anonymat. « Je ne suis pas surpris (que l’avion ait pu continuer sa route, NDLR), d’autant qu’il avait décollé du territoire d’un pays membre de l’Otan », explique un autre pilote de chasse français, selon lequel cette issue est logique « si l’avion ciblé n’obtempère pas mais que personne ne donne d’ordre d’engagement ». Et dans le cas d’un petit avion non menaçant effectuant un trajet dans l’Union européenne, il est très improbable qu’une autorité politique décide d’abattre l’appareil.

Une nouvelle alerte pour l’Otan

Plusieurs hypothèses sur l’identité des intrus sont évoquées par la presse locale : une exfiltration d’oligarque, un transfert d’otage, une fuite de criminel… ou même une simple erreur, comme le pense le ministre bulgare de la Défense, piste qui semble franchement douteuse vu le nombre de chasseurs qui ont fait des signaux visuels à l’avion sur son parcours.

Trois mois après le crash sur Zagreb, en Croatie, d’un drone de fabrication soviétique (ukrainien ou russe) qui n’avait pas été détecté non plus, cet incident montre à nouveau que l’espace aérien de l’Otan est mal sécurisé. Régulièrement, des aéronefs russes testent les approches aériennes de l’Alliance et l’on ne peut que se demander combien d’entre eux réussissent à trouver des failles.

Les règles en France

En France, la police du ciel est assurée vingt-quatre heures sur vingt-quatre par l’Armée de l’air et de l’espace, qui maintient des chasseurs en alerte permanente. Les hélicoptères de la police du ciel sont capables d’intercepter de petits avions évoluant lentement et à basse altitude, ce que les Rafale et les Mirage peinent à faire.

Les « mesures actives de sûreté aérienne » (Masa, voir vidéo ci-dessous) ont été développées pour permettre aux militaires de procéder aux vérifications nécessaires et de communiquer de manière basique même en l’absence de liaison radio. Sauf s’il représente un danger immédiat, le tir de destruction contre un avion n’est pas prévu dans les procédures : l’appareil doit être accompagné puis « cueilli » à l’atterrissage par la gendarmerie des transports aériens, ou pris en charge par un pays limitrophe s’il sort de l’espace aérien national.

Source : LePoint.fr par Guerric Poncet / Photo : Piper Aztec p23
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