Chine Russie : Un bloc économique et stratégique face à l’Occident ?

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Chine Russie : Un bloc économique et stratégique face à l’Occident ?

Xi Jinping à Moscou : vers un bloc sino-russe contre l’Occident ?

La Russie et la Chine coopèrent étroitement et s’opposent souvent ensemble à l’Occident. Ces deux puissances ne constituent pas, pour autant, un bloc soudé face aux États-Unis et à l’UE.
Se rendre en Russie, c’est, pour Xi Jinping, affirmer de façon éclatante son soutien à Vladimir Poutine à un moment critique de la guerre en Ukraine, et quelques jours après l’émission d’un mandat d’arrêt à l’encontre du président russe par la Cour pénale internationale. Par ce geste, le leader chinois rappelle au monde que l’axe sino-russe est solide.

Alternative à une Europe désormais hostile, la République populaire de Chine (RPC) est, pour la Russie, bien plus qu’un soutien de circonstance. C’est un allié réel dans les enceintes internationales et sur les marchés mondiaux pour contrer l’influence occidentale en général et américaine an particulier.

Pour autant, l’Occident fait-il désormais face à un bloc des régimes autoritaires doublé d’une alliance eurasiatique ? La relation sino-russe est aussi traversée de méfiances réciproques, de rivalités ouvertes et même de compétitions féroces.

Contre la relation transatlantique, un axe eurasiatique

Le soutien de la RPC à la Russie est loin d’être conjoncturel. Les deux pays n’ont cessé de développer leurs échanges et leurs coopérations au cours deux dernières décennies. Après avoir, en 1994, résolu leurs différends frontaliers issus de la période soviétique, ils ont conclu, dès 2001, un partenariat stratégique bilatéral qui s’est matérialisé sur plusieurs plans.

Les échanges commerciaux ont crû de façon régulière malgré les crises économiques (2008, 2014, 2021). Ils ont même atteint en 2022 le niveau de 190 milliards de dollars, un record, et une augmentation de 30 % par rapport à 2021.

La RPC est devenue dès 2010 le deuxième partenaire commercial de la Russie, derrière l’Union européenne dans son ensemble, mais devant tous les pays de l’UE pris individuellement. Fourniture d’énergie, de minerais et de matériel de défense côté russe, exportation de machines-outils, de produits pharmaceutiques et de composants électroniques côté chinois : les complémentarités se sont rapidement renforcées par l’instauration d’échanges financiers en roubles et yuans et d’une banque de développement au sein des BRICS.

Le gazoduc Force de Sibérie, lancé en 2014 et inauguré en 2019, relie la Sibérie au nord-est de la Chine. Elle sera bientôt renforcée par Force de Sibérie 2. Ces infrastructures donnent à la Russie un débouché alternatif à l’UE, engagée dans une stratégie de sevrage des hydrocarbures russes. Elles offrent également à la RPC un fournisseur d’énergie à bas prix au moment où les États-Unis ont repris une position de leader sur les marchés mondiaux de l’énergie.

Ce partenariat est largement cimenté par la contestation de l’Occident sur la scène internationale. Bien avant l’arrivée de Xi Jiping au pouvoir en 2013 et avant la rupture de la Russie avec l’Occident en 2014, les deux anciens empires remettaient déjà en cause l’action internationale des États-Unis en particulier et des Occidentaux en général : au Conseil de sécurité des Nations unies (CSNU) comme partout dans le monde, les diplomaties chinoises et russes se sont mutuellement épaulées pour critiquer les interventions de l’OTAN à l’étranger (Serbie, Afghanistan), pour contester les régimes démocratiques libéraux et pour dénoncer les « doubles standards » d’un Occident qui violerait les règles qu’il entend imposer aux autres acteurs internationaux.

Au CSNU, le droit de veto a été abondamment utilisé par la Russie (29 fois) et par la RPC (15 fois) depuis 1991 pour contrer les condamnations occidentales sur l’Ukraine, Taïwan, le Xinjiang, etc. On constate donc une « alliance défensive objective » entre puissances nucléaires membres permanents du CSNU.

Cet attelage anti-occidental se double d’une certaine coopération à l’échelle eurasiatique : conjointement créatrices de l’Organisation de Coopération de Shanghaï (OCS) en 2001, Russie et Chine ont cherché à instaurer une véritable hégémonie conjointe en Eurasie pour lutter contre le terrorisme, le séparatisme et le crime organisé dans la région. Mais aussi pour contrer l’influence des États-Unis dans la région suite aux guerres d’Irak et d’Afghanistan. L’OCS rapproche lors d’exercices militaires réguliers dans toutes les dimensions (air, terre, mer, cyber) les deux puissances militaires et leurs alliés. Le soutien chinois à la Russie s’était signalé en septembre dernier par la participation de la RPC à l’exercice Vostok 2022 en Extrême-Orient.

La visite de XI Jinping à Moscou confirme que la RPC est un « foul weather friend » de la Russie, autrement dit un allié même par temps de crise : en Eurasie et à l’ONU, sur le plan économique et dans les domaines militaires, le partenariat stratégique sino-russe est réel et prétend porter une vision du monde alternative (et hostile) à celle de l’Occident. De façon plus concrète, la RPC soutient discrètement l’invasion russe en refusant d’adopter des sanctions, en alimentant le complexe militaro-industriel russe et en proposant récemment un plan de paix russo-ukrainien qui met l’accent sur les garanties de sécurité pour la Russie.

De la méfiance aux rivalités

Européens et Américains doivent-ils donc se préparer à contrer un bloc des régimes autoritaires dont la Chine et la Russie seraient les chefs de file, avec l’Iran, la Syrie, la Corée du Nord, la Syrie ou encore les régimes d’Asie centrale ? Le risque géopolitique d’une « désoccidentalisation » du monde est réel. Mais il doit être nuancé.

Entre Moscou et Pékin, les sources de défiance sont réelles. La Russie redoute depuis longtemps le poids économique, démographique et militaire de la Chine, en particulier dans son propre Extrême-Orient dépeuplé et sous-développé. En matière de population et de PIB, le rapport est structurellement de 1 à 10 en faveur de la RPC. La tenue d’un sommet de l’APEC (Asia-Pacific Economic Cooperation) à Vladivostok en 2012 répond à la volonté de Moscou de ne pas être rétrogradé au rang de faire-valoir ou de brillant second de la Chine. Et la remilitarisation de l’Arctique par la Russie a pour but de réaffirmer sa maîtrise d’une route maritime où Pékin affirme ses ambitions, brise-glace à l’appui.

Quant à la Chine, elle observe une réserve évidente et constante vis-à-vis des aventures expansionnistes de la Russie : elle n’a pas reconnu l’indépendance de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie après la guerre russo-géorgienne de 2008. De même qu’elle n’a pas reconnu l’annexion des quatre provinces ukrainiennes prises par la Russie en septembre 2022. Et son plan de paix pour l’Ukraine a pour premier point le respect de l’intégrité territoriale du pays – sans préciser si cela signifie que la Chine souhaite que la Russie abandonne le Donbass et la Crimée. Bref, sur les questions existentielles de la géopolitique russe, la RPC laisse planer l’ambiguïté, entre soutien et médiation. Le bloc présente des signes évidents d’effritement.

Les rivalités entre Chine et Russie sont même ouvertes en Asie centrale, en Asie du Sud et en Afrique. De nombreuses fissures apparaissent, comme à l’époque soviétique, dès qu’il s’agit d’hégémonie régionale. Les cinq États d’Asie centrale anciennement Républiques socialistes soviétiques sont l’objet d’une rivalité presque séculaire entre les deux anciens empires. D’un côté, la Russie a nourri son influence sur place par le biais d’organisations régionales qui excluent la Chine : l’Organisation du Traité de Sécurité collective (OTSC – 2002) sert de cadre à la coopération sécuritaire et militaire entre le « grand frère » russe et certaines de ses anciennes dépendances (hors Ouzbékistan) ; la Communauté des États Indépendants (CEI) et l’Union économique eurasiatique (UEE) donnent des cadres géographiquement et institutionnellement variables pour contrer le dynamisme chinois dans la zone.

Les « nouvelles routes de la soie » (OBOR puis BRI) lancées en 2013 étaient précisément destinées à secouer et contourner l’hégémonie russe : les investissements et les prêts massifs, la construction d’infrastructures ferroviaires et logistiques ainsi que l’installation d’une base militaire chinoise au Tadjikistan ont suscité des craintes très fortes à Moscou. Le partenaire stratégique chinois cherche en effet délibérément à marginaliser la Russie dans la région.

Le dynamisme russe en Afrique (Centrafrique, Mali, Burkina Faso, etc.) et en Asie du Sud (Inde, Vietnam) ne doit pas être réduit à la contestation de l’Occident (et de la France) sur des fronts extra-européens. Il doit aussi être compris comme une volonté de peser dans le rapport de force bilatéral sino-russe.

Ainsi, c’est avant tout pour gêner la Chine que la Russie a milité en faveur de l’adhésion de l’Inde à l’Organisation de Coopération de Shanghaï (OCS), qui s’est produite en 2016. Pour éviter d’être affaiblie, la RPC a répliqué en demandant l’adhésion de son allié pakistanais en même temps dans l’OCS. Intégrer l’Inde à l’OCS, c’est inviter le grand rival systémique de Pékin au sein d’une structure où la Chine risquait de dominer la Russie. Et, sur le plan bilatéral, Moscou a développé depuis longtemps ses échanges avec Delhi en matière de défense, de nucléaire et d’énergie, précisément pour ne pas dépendre uniquement de Pékin dans sa confrontation avec l’Occident. En un mot, pour Vladimir Poutine, le soutien de Xi Jinping est bienvenu, mais pourrait être gênant s’il était exclusif.

Dilemme européen

La visite de Xi Jinping à Moscou rappelle à l’Occident un risque géopolitique structurant : depuis deux décennies, les deux grandes puissances nucléaires et technologiques eurasiatiques ont convergé sur tous les plans pour contester ouvertement sa vision du commerce mondial, des relations internationales ainsi que des structures dédiées à la sécurité globale et régionale.

Le défi est de taille, en particulier pour les Européens qui voisinent depuis toujours avec la Russie et commercent depuis longtemps avec la Chine. Mais le véritable défi est-il de les traiter comme un bloc idéologiquement homogène dans une logique de confrontation ? Ou bien n’est-il pas plutôt de jouer des rivalités internes pour désolidariser ces puissances eurasiatiques en compétition ouverte dans au moins trois zones ?

Source : latribune.fr – Cyrille Bret, Géopoliticien, Sciences Po / Photo : Sergei Karpukhin / keystone-sda.ch
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Voir aussi : Sources et références…
https://www.latribune.fr/opinions/tribunes/xi-jinping-a-moscou-vers-un-bloc-sino-russe-contre-l-occident-955808.html
https://www.lemonde.fr/international/live/2023/03/20/guerre-en-ukraine-en-direct-fin-du-premier-entretien-informel-entre-xi-jinping-et-poutine-a-moscou-les-etats-unis-mefiants_6166194_3210.html

Gazoduc Force 2 > https://www.huffingtonpost.fr/international/article/en-russie-poutine-et-xi-delaissent-l-ukraine-mais-pas-le-gazoduc-force-de-siberie-2_215557.html
Ukraine, nucléaire, Otan… > https://www.cnews.fr/monde/2023-03-21/guerre-en-ukraine-nucleaire-otan-ce-quil-faut-retenir-de-la-rencontre-entre-xi
Commerce et partenariat > https://www.letemps.ch/opinions/document-visite-chinoise-moscou-tribune-vladimir-poutine

 

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Les combattants volontaires d’hier et d’aujourd’hui préparent ceux de demain...

Technologie : Les processeurs un enjeu stratégique ! Guerre des puces entre USA et Chine…

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Technologie : Les processeurs un enjeu stratégique ! Guerre des puces entre USA et Chine…

Les USA torpillent le processeur souverain chinois avec leur arme fatale : les logiciels de conception de puces

Le gouvernement américain sort une nouvelle carte de son arsenal répressif face aux champions technologiques chinois : le blocage de l’export et l’utilisation des logiciels EDA. Des programmes essentiels pour concevoir les processeurs et qui sont majoritairement contrôlés par des entreprises américaines ou alliées.

Dans leur lutte pour contenir la montée en puissance technologique de la Chine, les USA passent à un plus gros calibre. Après avoir vitrifié les ambitions de Huawei dans les puces en le privant des usines taïwanaises de TSMC, après avoir banni tout export des précieuses machines néerlandaises de gravure de puces de dernière génération, le gouvernement américain utilise une nouvelle arme : les logiciels de conception de processeurs. Et après avoir « traité » Huawei, les USA ciblent un nouveau champion technologique. Pas un vendeur de smartphones cette fois, mais une entreprise appelée Loongson, qui est pressentie pour pouvoir faire monter en puissance l’indépendance du pays dans le domaine des CPU. Et qui a été placée sur une liste noire, ce qui lui interdit l’accès à des technologies américaines.

Des puces hautes performances pour développer des armes

Cette entreprise, nous vous en avions déjà parlé en 2021, dans le cadre du lancement de son processeur. Conçue sur les cendres d’une microarchitecture défunte appelée MIPS, LoongArch est une forme de menace pour les USA, car elle ne dépend ni du x86 d’Intel, ni de l’anglais ARM. Et puisqu’elle est propriétaire et fermée, au contraire de RISC-V, les documents à son sujet sont rares. Ce qui gêne les USA dans le sujet ? Laisser Loongson monter en puissance pourrait officiellement permettre à la Chine de disposer de puces hautes performances pour développer des armes. Et officieusement, laisser grandir un potentiel concurrent d’Intel et AMD pourrait remettre en cause la domination US sur les processeurs de PC.

L’outil de coercition américain, vous n’en avez peut-être jamais entendu parler. Et c’est pourtant une arme quasi « atomique » dans la conception des processeurs de pointe.

Les logiciels EDA, l’autre brique fondamentale contrôlée par les USA

Si le monde des semi-conducteurs est pluriel avec, notamment, la production des puces centrée vers l’Asie, les USA ont des outils de contrôle. Ils ont la maîtrise de certaines microarchitectures, peuvent compter sur leur poids géopolitique pour faire plier leurs partenaires (ARM au Royaume-Uni, ASML aux Pays-Bas, etc.) grâce au poids de leurs brevets. Mais ils ont aussi le contrôle quasi-total d’un élément trop souvent passé sous silence, mais central : les logiciels d’Electronic design automation dits « EDA » (Conception assistée par ordinateur pour l’électronique en français).

Les plus importantes entreprises qui développent des outils de conceptions de circuits sont toutes américaines. Et la plupart des autres sont issues de pays alliés des USA.

Loin d’être des accessoires dans la production de puce, les logiciels EDA sont absolument incontournables. C’est leur puissance qui rend possible la conception de puces toujours plus complexes intégrant désormais plusieurs dizaines, voire centaines de milliards de transistors. Ce sont eux qui permettent aux Intel, Qualcomm et autre Apple de concevoir des SoC, ces « super » puces intégrant des processeurs logiques très différents (CPU, GPU, NPU, ISP, etc.) qu’il faut interconnecter avec des circuits à l’échelle du milliardième de mètre. Si le marché des logiciels EDA est fragmenté en plusieurs acteurs qui se partagent en 2023 un gâteau de 12 milliards de dollars, un simple de coup d’œil sur les grands noms du secteur – Synopsys, Cadence, Keysight, Ansys, etc. – permet de comprendre que les USA dominent outrageusement. Et quand les logiciels ne sont pas américains, ils sont allemands, britanniques, français ou japonais, tous des alliés dans la sphère d’influence des USA.

Vous l’avez compris : avec ses mécanismes légaux de blocage à l’export des technologies sensibles, le gouvernement américain a dans sa poche une puissante arme pour entraver les progrès de l’entreprise chinoise. Et ce à plusieurs titres : en matière de développement, en bloquant les licences de conception de Loongson. Mais aussi en bloquant l’usage de ces licences chez les fabricants. En effet, non seulement ces logiciels sont utilisés du côté de la conception – le dessin – des puces, mais ils sont interconnectés aux machines des producteurs de puces. Ainsi, le chinois SMIC, qui fabrique les puces pour Loongson, pourrait se voir privé de licence pour travailler avec son partenaire. Le bras des USA est donc très long en matière de production de puces. Pour protéger et maîtriser le marché avec ses propres champions – il faut bien l’admettre. Mais aussi pour des raisons de sécurité.

Le développement d’armes, un argument réaliste

Quand vous concevez un processeur, vous vous basez sur des jeux d’instructions (on parle de l’ISA ou de l’IP dans le jargon) qui sont fonction de la structure dans l’espace des circuits. Si les concepteurs de microarchitectures ajoutent régulièrement de nouvelles instructions, la structure fondamentale de leur fonctionnement est normée. Et les logiciels EDA doivent intégrer les spécifications de chaque ISA. La difficulté est ainsi double : pour concevoir une puce, il faut des logiciels EDA qui soient adaptés – ou adaptables – à votre ISA. Etant donné que LoongArch est basé initialement sur une microarchitecture appelée MIPS 64, les logiciels américains ont permis à Loongson de continuer le développement de sa microarchitecture. Et ainsi de donner à la Chine une lignée de processeurs sur laquelle les Américains n’ont aucune vision, ni aucun contrôle.

C’est cette absence de contrôle qui effraie les USA. Sans doute avec raison. Car si le pays de l’Oncle Sam est souvent suspecté de pousser des cris d’orfraie de manière injustifiée – rappelez-vous des scandales autour des armes de destruction massives ou de l’anthrax –, les questions technologiques soulevées ici semblent fondées. En effet, les « révolutions » technologiques qu’apporte le théâtre ukrainien (artillerie assistée par des drones civils, drones kamikazes à bas coûts, missiles à longue portée type HiMars, etc.) ont mis en lumière l’importance des composants électroniques de nouvelle génération.

Dans ce domaine, l’usage de technologies américaines par l’armée chinoise n’est pas un mensonge. Car il y a des précédents : en octobre dernier, le Washington Post révélait que les missiles hypersoniques développés par l’armée populaire de Chine l’avaient été en partie grâce aux technologies et logiciels d’entreprises américaines… Comme ceux d’Ansys, entreprise du Top 5 mondial des EDA !

Si Loongson a promis ne pas développer de puces à usage militaire – ce qui est vrai dans les faits, les CPU étant destinés pour les PC de bureau –, il n’est absolument pas impossible que certaines de ces puces puissent être intégrées à des armes a posteriori. Et il se pourrait aussi que Loongson développe des puces en douce, ou transfère sous licence son architecture à une entreprise tierce… Qui, elle, s’appuierait sur ses travaux pour développer des puces très puissantes à même d’intégrer missiles et autres équipements létaux. Ce qui reste difficile à faire pour les industriels de l’armement chinois, nombre de puces très puissantes étant hors de leur portée, comme certaines puces programmables de type FPGA de chez Xilinx (AMD), certains Xeon d’Intel ou encore les H100 de Nvidia.

Et comme le montre les feuilles de route consécutives de Loongson, la puissance de ses puces progresse régulièrement. Les USA veulent donc y mettre un terme. Et Loongson pourrait se retrouver sans alternative.

La Chine n’est pas encore au niveau (et les outils open-source non plus)

En dépit des Cassandre qui ne cessent de dire que la Chine a des années d’avance, la réalité technologique est qu’elle est pour l’heure incapable de développer ses propres steppers de gravure de puce – même DUV (moins perfectionnés que les EUV). Et qu’elle n’a toujours pas d’écosystème logiciel pour concevoir des puces de A à Z. Une prouesse que seuls les Américains peuvent réaliser, tant du point de vue des ISA, que des EDA.

Il existe bien des logiciels open-source, mais ils ne sont absolument pas au niveau des logiciels de Cadence ou Synopsis. S’il semble évident que l’écosystème chinois des semi-conducteurs développe petit à petit différentes briques de la chaîne de développement de production, des machines aux logiciels, les USA mettent ici un énième bâton dans les roues du développement technologique de l’Empire du milieu. Un choix géopolitique qui a cependant un double tranchant : s’il bloque bien les champions chinois, il les stimule à investir massivement dans leur indépendance technologique. Cela a un coût pour la Chine – temporel (retards) et financier – mais cela a aussi un impact économique négatif sur les entreprises américaines, qui perdent des clients. Et des millions, voire des milliards de dollars. Se priver de sources de revenus d’un adversaireest aussi un des aspects de la fameuse « économie de guerre ».

Source : www.01net.com – Adrian BRANCO Journaliste / Photo : China Daily via Reuters « Production de processeurs semi-conducteurs – Jiangsu Azure Corp »
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Voir aussi : Sources et références…
https://www.01net.com/actualites/les-usa-torpillent-le-processeur-souverain-chinois-avec-leur-arme-fatale-les-logiciels-de-conception-de-puces.html
https://www.google.com/search?client=firefox-b-d&q=usa+chine+cpu+microprocesseur
https://www.lemonde.fr/international/article/2023/01/06/entre-les-etats-unis-et-la-chine-la-guerre-des-semi-conducteurs-fait-rage_6156909_3210.html

La Chine ne veut pas vendre ses processeurs à la Russie ! (décembre 2022)
https://www.01net.com/actualites/meme-la-chine-ne-veut-pas-vendre-ses-processeurs-a-la-russie.html

Oridinateur quantique
https://www.01net.com/actualites/les-usa-veulent-aussi-bloquer-la-chine-sur-lordinateur-quantique.html

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Rugby : Championnat du monde militaire 2023 se tiendra en Bretagne…

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Rugby : Championnat du monde militaire 2023 se tiendra en Bretagne…

Le Championnat du monde militaire de rugby se tiendra en Bretagne d’août et septembre

C’est la Bretagne qui a été retenue pour accueillir du 16 août au 10 septembre 2023 cette compétition internationale rassemblant tous les quatre ans les sélections nationales militaires de rugby à XV.
Durant un mois, les grandes nations du rugby militaire s’affronteront à l’occasion de 30 matchs qui se disputeront dans 24 villes bretonnes différentes.

En lien étroit avec la Ligue régionale Bretagne de rugby (LRBR), les Armées sont pleinement engagées pour l’accueil de cet évènement international rassemblant 12 nations et plus de 500 joueurs et encadrants, et mobilisant 25 stades et 8 sites d’hébergement.

Le coup d’envoi de la compétition sera donné à Pontivy, le 16 août.

Les tenants du titre sont les militaires fidjiens. En 2019, le XV de France militaire avait décroché la 3e place, après notamment une superbe victoire contre les All Blacks.

Source : lignesdedefense.blogs.ouest-france.fr – Philippe Chapleau

* * *

En mars, un tournoi de rugby tri-nations à la Baille… un clin d’œil au Tournoi des Six-nations 😉

Le XV de la Baille affrontera les écoles navales japonaise et anglaise à Lanvéoc

L’École navale, à Lanvéoc (Finistère), va accueillir les équipes de rugby des écoles navales japonaise et anglaise, du 21 au 24 mars 2023. Des rencontres sportives non ouvertes au public mais « porteuses de valeurs tant véhiculées par le rugby que la Marine ».

Inspirée (ou pas) par le Tournoi des six nations qui se déroule en ce moment, le 4e championnat du monde militaire de rugby qui se déroulera en Bretagne du 16 août au 10 septembre 2023 ou la Coupe du monde de rugby qui se tiendra en France à partir du 8 septembre 2023, l’École navale de Lanvéoc (Finistère) organise un tournoi de rugby tri-nations du 21 au 24 mars 2023.

Vous avez dit « Crunch » ?

La grande école de la mer, qui forme les officiers de la Marine nationale de demain, va ainsi accueillir les équipes de rugby des écoles navales japonaise (NADFRC), anglaise (BRNC) et française (XV de la Baille).

« Les valeurs véhiculées par le rugby sont étroitement liées à celles de la Marine nationale : esprit d’équipage, dépassement de soi et combativité » explique l’École dans un communiqué.

Le match entre Français et Anglais, délicieusement appelé « Crunch » dans le monde de l’ovalie, devrait se tenir vendredi à 16 h 15.

Source : lignesdedefense.blogs.ouest-france.fr – Philippe Chapleau / Photo : G.LUQUE / RCMN – Image Facebook
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Voir aussi : Sources et références…
https://lignesdedefense.blogs.ouest-france.fr/archive/2023/03/03/le-championnat-du-monde-militaire-de-rugby-se-tiendra-en-bre-23708.html
https://www.ouest-france.fr/bretagne/lanveoc-29160/le-xv-de-la-baille-affrontera-les-ecoles-navales-japonaise-et-anglaise-a-lanveoc-e5e003a8-c5a1-11ed-bd88-a48dbce3e894
https://www.letelegramme.fr/rugby/le-championnat-du-monde-militaire-2023-aura-lieu-en-bretagne-04-02-2023-13272544.php
https://dicod.hosting.augure.com/Augure_Dicod/default.ashx?WCI=EmailViewer&id={a95edfc7-a91d-4cce-943d-02840423cb5e}

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CPI : La Cour pénale internationale émet un mandat d’arrêt envers Vladimir Poutine… Quelles conséquences ?

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CPI : La Cour pénale internationale émet un mandat d’arrêt envers Vladimir Poutine… Quelles conséquences ?

Vladimir Poutine, visé par un mandat d’arrêt a-t-il quelque chose à craindre de la CPI ?

La CPI a émis un mandat d’arrêt contre le président russe pour crime de guerre en Ukraine. Pour quelles conséquences ? 

Volodymyr Zelensky a salué « une décision historique, qui marque le début d’une responsabilité historique », après l’émission vendredi 17 mars d’un mandat d’arrêt contre Vladimir Poutine pour crime de guerre. Mais le président russe pourrait-il vraiment figurer un jour sur le banc des accusés à La Haye ?

Ce n’est pas impossible, car les États membres de la Cour pénale internationale (CPI) sont tenus d’exécuter les mandats d’arrêt contre Vladimir Poutine et la commissaire aux droits de l’enfant Maria Lvova-Belova s’ils se rendent sur leur territoire.
Lorsqu’on lui a demandé si Vladimir Poutine serait passible d’une arrestation en se rendant dans l’un des 123 pays parties au Statut de Rome, texte fondateur de la cour, le procureur Karim Khan a répondu « c’est vrai ».

Cependant, cette dernière n’a pas sa propre force de police. Selon le président de la CPI, Piotr Hofmanski, l’exécution des mandats « dépend de la coopération internationale ».

La Russie et l’Ukraine ne sont pas membres de la CPI

Matthew Waxman, professeur à la Columbia Law School, a déclaré qu’il s’agissait d’une « étape très importante de la part de la CPI, mais que les chances sont minces que Poutine soit un jour arrêté ». À titre d’exemple, l’ancien dirigeant soudanais Omar al Bashir s’est rendu dans plusieurs États africains malgré un mandat d’arrêt.

Dans ce cas, quels seraient les obstacles ? Tout d’abord, la Russie ni l’Ukraine ne sont membres de la CPI. La juridiction est en droit de poursuivre le président russe seulement parce que Kiev a accepté sa compétence dans la situation actuelle.

De son côté, la Russie a rejeté les mandats d’arrêt et affirmé qu’elle ne coopérerait pas. « La Russie, comme un certain nombre d’Etats, ne reconnaît pas la compétence de ce tribunal. Par conséquent, du point de vue de la loi, les décisions de ce tribunal sont nulles et non avenues », a déclaré le porte-parole du président russe, Dmitri Peskov.

La CPI a déjà condamné des dirigeants

Moscou a signé le Statut de Rome, qui a créé la Cour pénale internationale, mais ne l’a jamais ratifié. La Russie a ensuite a retiré sa signature sur ordre de Vladimir Poutine en 2016, après l’ouverture d’une enquête de la CPI sur la guerre de 2008 en Géorgie.

C’est pourquoi il est peu probable que le maître du Kremlin figure sur le banc des accusés, « à moins qu’il n’y ait un changement de régime en Russie », a déclaré Cecily Rose, professeure adjointe de droit international public à l’Université de Leiden.

Malgré tout, les précédents existent : plusieurs dirigeants politiques et militaires ont été jugés pour crimes de guerre, rappelle Karim Khan. « Il y a tellement d’exemples de personnes qui pensaient qu’elles étaient au-dessus de la loi » et qui « se sont retrouvées devant les tribunaux », observe-t-il.

Poutine n’est pas à l’abri

Par exemple, la CPI a condamné en 2012 Charles Taylor, ancien chef de guerre libérien devenu président, pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. L’ancien président serbe Slobodan Milosevic est, lui, mort dans sa cellule à La Haye en 2006 alors qu’il était jugé pour génocide par le tribunal pour l’ex-Yougoslavie.

L’ancien dirigeant serbe de Bosnie Radovan Karadzic a finalement été capturé en 2008 et reconnu coupable de génocide par ce même tribunal, et son chef militaire Ratko Mladic a été arrêté en 2011 et condamné à la réclusion à perpétuité.

La CPI ne peut pas juger des suspects par contumace mais Karim Khan observe que la cour a d’autres moyens pour faire avancer certains dossiers. Il a notamment demandé aux juges de tenir une audience pour confirmer les charges retenues contre Joseph Kony – chef de l’Armée de résistance du Seigneur, qui a lancé une rébellion sanglante en Ouganda – bien qu’il soit toujours en fuite. « Ce processus peut être disponible pour tout autre cas, y compris celui en cours » en Ukraine, assure Karim Khan.

Source : Huffingtonpost.fr avec AFP / Photo : MIKHAIL METZE /AFP « Le président russe, Vladimir Poutine, et la commissaire russe aux droits de l’enfant, Maria Lvova-Belova. »
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Voir aussi : Sources et références…
https://www.huffingtonpost.fr/international/article/vladimir-poutine-vise-par-un-mandat-d-arret-a-t-il-quelque-chose-a-craindre-de-la-cpi_215390.html
https://www.lemonde.fr/international/article/2023/03/18/la-cour-penale-internationale-delivre-un-mandat-d-arret-contre-vladimir-poutine_6166025_3210.html
https://www.francetvinfo.fr/monde/europe/manifestations-en-ukraine/direct-ukraine-le-president-chinois-xi-jinping-rencontrera-le-president-russe-vladimir-poutine-la-semaine-prochaine_5716508.html

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Société : La perte des valeurs et du sacré, un risque mortel pour l’Occident !

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Société : La perte des valeurs et du sacré, un risque mortel pour l’Occident !

«La désacralisation du monde occidental est mortifère!»

« Reconquérir le sacré » est le titre du nouvel essai de Sonia Mabrouk. Eric Garault pour le Figaro Magazine
EXTRAITS EXCLUSIFS – L’essai Reconquérir le sacré (éd. de L’Observatoire) mêle avec finesse introspection et réflexion profonde sur le désenchantement de la civilisation occidentale. La journaliste y défend l’impératif de renouer avec le sacré, notion qui, selon elle, dépasse la question religieuse.

Loin de toute considération divine, le sacré n’est pas uniquement religieux et encore moins mystique ou à caractère spirituel. Comme l’a théorisé Émile Durkheim, le fondateur de la sociologie française, les choses sacrées, même si elles sont au cœur de toute religion, ne font pas nécessairement allusion à une force surnaturelle comme Dieu ; elles peuvent aussi s’appréhender au travers d’objets, de monuments, de croix ou de drapeaux. Le sacré représente ainsi tout ce qui fait le lien au sein de la société, de sorte qu’un athée peut ressentir et être traversé par un fluide sacré sans adhérer à un quelconque dogme.

Relevant essentiellement de l’intériorité, le sacré n’est donc pas forcément d’essence religieuse. Il peut parfaitement revêtir un caractère laïc et civil en s’incarnant au travers de la contemplation de la nature, de monuments, de bâtiments, de lieux, de cérémonies, de commémorations ou encore de chants. Toutefois, notons qu’il reste difficile de séparer, par une frontière étanche, le sacré du religieux. Durant des siècles, le sacré a été éminemment religieux. Tout cela laisse bien évidemment des traces indélébiles. Ce sont essentiellement les travaux de Georges Bataille et de Michel Leiris qui permettront d’appréhender le sacré païen en dehors du triptyque religion, patrie, morale. Les deux amis décrivent un sacré athée ou immanent à la portée de tous et présent dans notre vie quotidienne.

Une mise à l’écart inquiétante

Depuis trop longtemps, nous l’avons tenu à l’écart de nos sociétés modernes, au point que nous nous interdisons de le convoquer par crainte ou par honte d’être jugé. Cessons ce mouvement mortifère de désacralisation du monde occidental. Croyons de nouveau en un sacré collectif. Nous avons, à tort, refoulé cette notion essentielle à la vie de toute collectivité, comme si, dans l’Occident européen, le sacré nous avait été confisqué. Nous ne nous rassemblons plus qu’autour de simulacres de sacralité et d’absoluité, comme par exemple les grands événements sportifs. Une finale de Coupe du monde de football, aussi importante et passionnante soit-elle, ne peut pas tenir lieu d’événement sacré. Or, seuls ces grands rendez-vous permettent encore de nous unir pour un temps. C’est particulièrement inquiétant. Nous sommes en train de remplacer le sacré par le profane. Il est urgent de mettre fin à ce mouvement dévastateur. Dans nos sociétés de plus en plus liquides, il est impératif de renouer avec un sacré revigoré. Nous ne pouvons vivre sans sacré. C’est l’un des sujets, sinon le sujet névralgique de notre siècle.

Renouer avec les interdits et les rituels

Toutefois, le sentiment du sacré ne représente pas une voie facile. Il est souvent source d’interdits, de règles, de conflits, voire de grande violence. Il est défini par Régis Debray comme «tout ce qui légitime le sacrifice et interdit le sacrilège». C’est à l’origine la grande thèse de René Girard et du sacré primitif, source de déchaînement de violence. Aujourd’hui, le sacré nécessite une rupture et une acceptation de ce qui est interdit. À ce titre, la phrase-slogan de 1968, «Il est interdit d’interdire!», a fait beaucoup de mal à notre société, car elle donnait l’illusion que plus rien ne devait être sanctuarisé et protégé, ce qui est totalement faux, et surtout terriblement destructeur pour notre culture et notre civilisation.

Il n’y a, au contraire, rien de plus sécurisant que de savoir qu’il existe des interdits et des limites à ne pas franchir, ou sinon la sanction tombe tel un couperet. Respecter l’interdit génère du confort, et non pas des frustrations et des empêchements comme certains idéologues veulent encore nous le faire croire. Le sacré est certes producteur d’interdits et de violences, toutefois, tout est affaire d’équilibre à trouver. Trop se frotter au sacré conduit à un cycle de violences inhérentes à la nature humaine. À l’inverse, chercher à s’en éloigner est synonyme de chaos et de malheurs. C’est tout le caractère complexe et ambivalent du sacré qu’il s’agit d’apprivoiser pour éviter la désintégration. Comme le dit le neuropsychiatre Boris Cyrulnik: «Quand le rituel ne peut pas s’instaurer, la violence fait irruption.» Sachons alors retrouver cette harmonie des rituels. Pour l’heure, nous en sommes encore à nous méfier du sacré, à le repousser en dehors de nos vies. Nous sommes devenus en quelque sorte des amputés du sacré. Mais comme ces membres fantômes que ressentent les blessés, nous sentons bien que quelque chose nous manque.

Le sacré ne se vend pas, ne s’achète pas

Mon premier souvenir remonte à l’enfance. Cette imposante bâtisse construite à la fin du XIXe siècle m’avait toujours impressionnée. De style byzantin mauresque, surplombant la baie de Carthage près de Tunis, la cathédrale Saint-Louis n’était plus un lieu de culte depuis 1963. Transformé en un lieu de culture pour accueillir d’innombrables expositions et concerts, le bâtiment a toujours conservé, à mes yeux, un caractère hautement mystérieux. Les rares fois où j’ai pu assister à un événement sous les multiples vitraux décorés de figures et d’arabesques, je l’ai vécu comme un blasphème. Le mot est à peine exagéré, tant j’estimais que ce lieu devait renfermer à tout jamais le souvenir de saint Louis, roi de France, mort à Carthage en 1270. Les concerts de musique qui s’y tenaient, fussent-ils magnifiques, contribuaient, de mon point de vue, à détourner l’âme de ce lieu. J’avais pour ma part une relation quasi charnelle, un lien organique avec cette cathédrale. Cet attachement allait bien au-delà du simple attrait esthétique ou spirituel que m’inspirait le monument. Comme si certaines pages du feuilleton de ma vie étaient gravées dans ses pierres et sa voûte en berceau nervée. Ce lien qui m’unissait à la bâtisse relevait davantage de l’ordre du cœur que de la raison ou de l’esprit…

La Ghriba, la cathédrale Saint-Louis, les mosquées d’où surgissent l’appel du muezzin, la crypte du Mont Valérien, tous ces lieux délimités par des murs ou des frontières représentent autant de terres d’où s’échappent des fragments de sacré, d’invisible

Cette même expérience intime se manifeste aussi lorsque, chaque année, résonnent les cérémonies du 18 Juin au Mont-Valérien. Dans ce haut lieu de la mémoire nationale, je retrouve une résonance familière. Comme l’écrivait Pascal, «Tu ne me chercherais pas si tu ne m’avais trouvé». Le sacré que l’on cherche est en réalité déjà en nous. Nous parcourons des milliers de kilomètres à sa recherche alors qu’il est juste là, en nous, tel un souvenir enfoui qui s’est peu à peu fossilisé avec le temps. Saint Augustin ne disait pas autre chose dans ses Confessions: «Tard je T’ai aimée, Beauté ancienne et si nouvelle ; tard je T’ai aimée. Tu étais au-dedans de moi et moi j’étais dehors, et c’est là que je T’ai cherchée.»

La Ghriba, la cathédrale Saint-Louis, les mosquées d’où surgissent l’appel du muezzin, la crypte du Mont Valérien, tous ces lieux délimités par des murs ou des frontières représentent autant de terres d’où s’échappent des fragments de sacré, d’invisible. Ce sacré familier peut être religieux ou laïc, et même athée. Je n’associe pas le sacré au divin, ni au surnaturel,et j’aurai l’occasion de l’expliquer tout au long des chapitres de ce livre. Dès lors, il suffit d’être attentif pour percevoir ces fragments. Nul besoin de croire pour se convertir au sacré. Il suffit d’entrer dans un domaine imbibé d’intouchable et d’absolu, où ce qui est sacré n’est pas monnayable, contrairement à tous les biens marchands qui nous entourent. Le sacré ne se vend pas, ne s’achète pas, il est impossible d’en fixer une valeur et encore moins un prix.

Vigueur de l’islam et effacement chrétien

Il existe aussi en terre d’islam une vigueur du sacré à travers son acceptation politique. Tandis que les pays occidentaux tournent autour sans vraiment oser s’en emparer, le sacré est, au contraire, appréhendé comme un puissant objet politique dans de nombreux pays musulmans. En transformant en mosquées Sainte-Sophie et Saint-Sauveur-in-Chora, Recep Tayyip Erdogan ne cherche pas uniquement à se placer comme le chef de file des musulmans à travers le monde ; le leader turc veut aussi s’approprier un sacré qui résonne bien au-delà des seuls croyants de la religion musulmane. Saint-Sauveur-in-Chora, ancienne église byzantine du Ve siècle, transformée en musée – et donc désacralisée – en 1958, est ainsi pleinement redevenue un lieu de culte par la main et la volonté d’Erdogan.

Erdogan, qui contrôle les robinets stratégiques des flux migratoires, veut imposer sa loi et sa foi sur la civilisation chrétienne

La reconstitution du patrimoine religieux et sacré est le socle du projet, ou du récit national que veut tisser Erdogan. Par cette conversion, il poursuit sa révolution religieuse et sacrée, une révolution essentiellement politique. Souvenons-nous des mots prononcés par le président turc lors de la conversion de Sainte-Sophie en mosquée. Il fut question, dans son discours enflammé, de reconquête, de nation, de sacré et d’avenir pour mieux se venger et pour définitivement enterrer la période et la république d’Atatürk. En déclarant à la télévision, lors de la conversion de Sainte-Sophie, que «la Turquie s’est débarrassée d’une honte», il envoie un message à tous les musulmans, bien au-delà du seul peuple turc, affirmant que l’Orient est de retour, et à travers lui, l’islam. Ce faisant, Erdogan se fait le porte-drapeau de la reconquête néo-ottomane qui est à la fois religieuse, spirituelle, politique et militaire.

Quand sonnera le réveil de l’Occident ?

Devenu l’homme fort de l’Orient, et donc de l’islam, Erdogan, qui contrôle les robinets stratégiques des flux migratoires, veut imposer sa loi et sa foi sur la civilisation chrétienne. En cela, il personnifie le choc des civilisations tel que théorisé par Samuel Huntington. Son projet, à peine voilé, consiste à effacer les traces de la présence chrétienne dans la Turquie contemporaine. Pour atteindre cet objectif, Erdogan peut compter sur l’inertie de l’Occident. Ayant compris depuis longtemps que la force d’une civilisation ne tient pas tant à son économie ni à sa puissance militaire qu’à l’intensité avec laquelle elle porte le sentiment du sacré, le président turc mise d’abord sur la faiblesse intrinsèque de l’Occident, incapable d’incarner sans honte un redressement spirituel. Comment pouvons-nous ainsi laisser les choses empirer? Quand sonnera le réveil de l’Occident? À quel moment allons-nous sortir de ce coma spirituel?

Nous avons charnellement besoin de renouer avec notre nature spirituelle. Nous en avons d’autant plus besoin que le sacré est aussi une arme utilisée contre nous par les islamistes. Les assassinats terroristes qui nous ont durement frappés depuis ceux de Mohammed Merah se drapent dans le sacré pour mieux masquer la froide mécanique de la haine. C’est bien de notre faiblesse religieuse et spirituelle que se nourrissent les islamistes, pour proposer un contre-discours audible appelant à la guerre et à la destruction d’une culture et d’une civilisation à leurs yeux déjà déliquescentes. Autrement dit, le sacré ou l’absence de sacré en Occident sert de matrice principale à la propagande islamiste, de sorte que la prochaine civilisation dominante pourrait être la civilisation islamique, non pas tant par le nombre et la démographie, mais par la croyance en un sacré salvateur. Certes, l’islam est lui-même en crise, avec de fortes tensions en son sein du fait de la gangrène islamiste ; toutefois, la plus grande menace pour les civilisations reste l’absence de verticalité, et donc de projet commun, qui permette de nous élever au-delà de nous-mêmes et de notre ego. Cette atrophie du sacré est en train de miner l’Occident.

Source : lefigaro.fr – Alexandre Devecchio / Photo :
~ FNCV, Actualité et revue de presse ~

Voir aussi : Sources et références…
Extrait du livre « Reconquérir le sacré »  Éditions de L’Observatoire – Article publié par le lefigaro.fr le 03/03/2023
https://www.lefigaro.fr/actualite-france/sonia-mabrouk-la-desacralisation-du-monde-occidental-est-mortifere-20230303
https://www.editions-observatoire.com/content/Reconqu%C3%A9rir_le_sacr%C3%A9

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